Choisissez la langue / Choose the language : français english  Votre adresse IP est : 38.107.191.87 Vers le bas de page
Page précédente
Accueil
Google
Haut de page
Bas de page

Contactez-nous :

Téléphone :
 +33 4 75 87 53 98

Messageries.
Richard BACH
Sophie BACH

Résidence Beaufort - Bât. 2
07170 Villeneuve de Berg
.France
Archives Textes Editos
Textes à télécharger
Si les accents ne s'affichent pas correctement, choisissez dans le menu "Page", Option "Codage", le code UTF-8.(Windows XP, Internet Explorer 5 à 7)
Sous Vista, et à partir d'IE8, ou FF, ou NN:
Menu "Affichage", Option "Codage", code UTF-8


Nouveau: Histoire de France en BD, T04: Hugues Capet, Guillaume le Conquérant


Histoire de France en BD, T01: Vercingétorix et César
Histoire de France en BD, T02: Attila et Clovis
Histoire de France en BD, T03:Charlemagne et les Vikings
Une balade dans la garrigue ardéchoise... Petit Tour en Gaule
Nos Amis Américains... venus nous sauver en 1944...
Pour voler l'âme d'un peuple... et apportez votre contribution à l'Observatoire de la Langue Française !
Ils nous ont volé notre Silence et ne manquez pas les commentaires que ce texte a suscités
La Mort n'est Rien
Things fall apart
Chère SNCF !
Ils devaient nous faire aimer l'an 2000...
Aux vertus qu'on exige des automobilistes...
Notre mai 68
A propos de la Révolution Française
Génération Mitterrand
Gustave Eiffel pas mort !
PNL, ou Programmation Neuro-Linguistique
Notre langue maternelle
Qualité du langage
Crise du langage, crise de l'entreprise
Sujets Interdits...
Modèles en Couches
Un beau programme pour les Présidentielles
Ah, ces pauvres banquiers !
La grenouille chauffée
Ma femme
Balade en Gaule (Roman)
L'Homme qui plantait des Arbres (Giono)
Aux Modernes
Au juste ... ?
Les Désirs de la Vie
Régime basse Calorie
Le Mot le plus important du Monde
People: de la taille du châs d'une aiguille...
Réflexions sur l'identité française et gauloise
Ils nous ont volé notre Silence
Pour voler l'âme d'un peuple...

Télécharger tous les textes

La Mort n'est rien


Je suis maintenant passé de l'autre côté
Je suis moi, tu es toi.
Ce que nous étions l'un pour l'autre nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m'as toujours donné.
Parle-moi comme tu l'as toujours fait.
N'emploie pas un ton différent,
Ne prend pas un air solennel ou triste;
Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Prie, souris, pense à moi, prie avec moi,
Que mon nom soit prononcé à la maison
Comme il l'a toujours été.
Sans emphase d'aucune sorte
sans trace d'ombre.
La Vie signifie toujours ce qu'elle a toujours signifié.
Elle est ce qu'elle a toujours été
le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée ?
Simplement par ce que je suis hors de ta vue ?
Je ne suis pas loin,
Juste de l'autre côté du chemin.
Tu vois tout est bien.
Tu retrouveras mon coeur
Tu retrouveras les tendresses épurées,
Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m'aimes.






The Second Coming




Things fall apart. The centre cannot hold.
Mere anarchy is loosed upon the world.
The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere, the ceremony of innocence is drowned.
The best lack all conviction, while the worst are full of passionate intensity.
And what rough beast, its hour come round at last, slouches towards Bethlehem to be born ?



Tout s'écroûle. Le Centre ne tient plus.
L'anarchie pure est lâchée sur le monde.
La marée teintée de sang est lâchée,
et partout, l'innocence est bafouée.
Les meilleurs manquent de conviction,
tandis que les pires sont pleins d'intense passion.
Et quelle bête affreuse, sentant son heure enfin venue,
rampe vers Bethléem pour y naître ?

W.B. YEATS «The Second Coming»







Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous...



Chère SNCF



Je dis "chère", non pas que j'éprouve de la tendresse pour vous, mais parce que, comme vous êtes en déficit chronique et financée par nos impôts, vous nous coûtez cher...
Très chère SNCF donc... Moi, pauvre pékin, provincial du genre reculé, même pas desservi (Ardèche...) par vos lignes ferrées que pourtant j'ai payées comme les autres Français, j'ai eu la prétention inouïe et sans doute illégale de vouloir joindre, par train puisque je n'ai pas de voiture, Aubenas, en Ardèche, à Lourdes, dans les Pyrénées.
Moderne bien que plouc d'Ardèche, je dispose d'Internet, et j'ai donc appelé votre magnifique serveur, SNCF.COM.
A part les offres "touristiques", celui-ci propose deux choix, qui montrent bien déjà quelle est la place de chacun:
Paris avec son réseau express, et les "TER", ou pataches pour ploucs.
J'ai donc cliqué sur le mode de transport réservé aux gens de ma catégorie, et indiqué comme commune de départ: Aubenas; commune d'arrivée: Lourdes. OK.
Réponse de votre gentil robot (je le dis avec mes mots, mais c'était vraiment ça):
«Abandonnez, c'est trop compliqué... Allez ailleurs... Essayez chez nos concurrents... Pourquoi un plouc comme vous n'a-t-il pas de voiture? etc...»
Bon, me suis-je dit, je leur en demande trop. Après tout, ce ne sont que des énarques, il ne faut pas leur brusquer la cervelle! Re-saisie: Départ: Montélimar (26); arrivée: Tarbes (64); OK
Réponse: Abandonnez, c'est trop compliqué, etc... (Voir ci-dessus).
Je me suis senti bêtement irrité. J'ai vu le bouton "Nous contacter", alors j'ai cliqué dessus, en me disant: "Je me vais te leur envoyer un de ces E-mail, qu'ils m'en diront des nouvelles!" Ben, non. Parce que vous, pas bête, chère SNCF, vous n'avez pas d'E-mail, derrière le bouton "Nous contacter". Pas fou, non ! Des fois que ces cochons de payants voudraient se plaindre! Juste une liste d'adresses postales toutes bêtes, et pour les grandes villes seulement. Aubenas n'en fait pas partie.
Ce soir-là, j'ai abandonné, j'avais mal aux yeux à force de chercher quelque chose d'utile sur votre "serveur" (bien mal nommé, on devrait l'appeler plutôt un "inutile").
Le lendemain, j'appelle la SNCF à Aubenas (oui, on nous a démonté les voies ferrées, mais il y a toujours un bureau ici... allez comprendre).
Répondeur: (je résume) "C'est bien la SNCF Aubenas, on est bien ouverts à cette heure-ci, mais on peut pas répondre, on est occupés, appelez plutôt tel numéro, 08..."
Bon, je me dis, ils sont occupés, ça arrive, je rappelle dans 5 minutes. 5 minutes plus tard, 10 minutes, 15 minutes, 20 minutes, etc... Pendant plus d'une heure, j'essayais toujours d'appeler, mais ces braves gens étaient toujours occupés, car je tombais toujours sur le répondeur.
C'est fou, ce qu'ils doivent avoir de travail, à la SNCF d'Aubenas. Ce qui peut se comprendre, avec tout ce trafic !
De guerre lasse, j'appelle le fameux numéro, 08 quelque chose. Pas d'être humain à l'autre bout, un robot: "Pour voyager, faites le 1... Pour choisir la localité de départ, faites le 2; pour choisir le jour de départ, faites racine carrée de moins un; pour choisir l'heure de départ, faites un nombre pair entier qui soit un multiple de Pi..."
Je fais mon devoir de maths modernes, je dis que je veux aller d'Aubenas à Lourdes (j'ai de la suite dans les idées) et j'obtiens, par la voix mélodieuse de votre hôtesse-robot, le même type de message que la veille sur Internet:
"Pas possible; pourquoi n'essayez-vous pas d'aller de Paris à Marseille, comme tous les gens sensés ?"
J'ai failli dire des choses désagréables... J'essaye Montélimar-Tarbes, réponse "Y'a pas ça au jour et à l'heure choisis". Bon, me dis-je, peut-être vont-ils me proposer un autre jour, une autre heure... Naïf !
Non, on ne me propose rien. C'est à moi de trouver.
J'ai appelé une agence de voyage à Aubenas. Je suis tombé sur un être humain, une dame, charmante, qui m'a dit qu'elle ne pouvait pas me renseigner par téléphone, parce que ma demande était quand même un peu compliquée; puis, par compassion, me sentant au bord du suicide, elle a finalement pu me dire que j'avais un train à Montélimar à 8h01 (comment je vais à Montélimar, ça c'est mon problème...), qui arrive à Avignon à 9h33, un autre repart de là à 10h53 pour arriver à Toulouse à 14h07, un autre repart de Toulouse à 16h30 pour arriver à Lourdes à 18h09.
Victoire, j'avais mes renseignements ! Certes, c'est un peu long... une journée complète dans le train (et dans les salles d'attente de gare...) pour aller à 400 Km environ à vol d'oiseau, c'est pas du "Transport Express Régional", vraiment ! Dans le même laps de temps, Concorde aura fait l'aller-retour Europe-Usa...
Aujourd'hui, la veille de mon départ, je me dis: et si je trouvais un Montélimar-Toulouse direct, sans changement à Avignon, ça doit exister, puisqu'il y a un Lyon-Toulouse; et peut-être trouverai-je un départ vers 10h00, ce qui m'arrangerait bien, et je passerais moins de temps dans le train...
Re-Internet, re-SNCF.COM.
Départ: Montélimar
Arrivée: Toulouse
Journée: le 14 février
Heure: vers 10h00 ...
GO ! ...
Réponse: C'est bien de Montélimar à Toulon, que vous voulez aller ?
Tiens, me dis-je, j'ai dû faire une faute de frappe. Je retape: ToulOUSE; Go !
Réponse: "Pour Toulon, ... ou alors, c'est pas dans votre région"
Eh, Duschnock, je le sais, que Toulouse n'est pas dans ma région. Toulon non plus, d'ailleurs ! Quoique, vu par un Parisien, évidemment ! Avec la perspective ! Si je veux voyager, c'est justement pour aller ailleurs que dans ma région. Mais joindre deux régions entre elles, ça n'a pas l'air d'être possible pour votre "serveur", chère SNCF.
J'abandonne. Je prendrai mon train bien sagement demain à 8h01 à Montélimar, après avoir fait du stop jusque-là, si ça veut rire. Et puis je passerai ma journée dans le train, ou dans vos halls de gare passionnants, et j'arriverai à 18h09 à Lourdes, où mon frère sera venu me chercher pour m'emmener chez lui, à Lestelle-Bétharam...
Parce que c'est là que je vais, en fin de compte, mais ça, je n'ai même pas osé le dire à vos robots obscènes, de peur qu'ils ne se mettent à me rire au nez, de leur gros rire électronique, vous savez, comme dans les films de science-fiction !
Vous disiez bien, dans vos pubs, il y a quelques années:
"Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous" ?
Vous avez dû oublier deux mots: "les Parisiens"
"Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous les Parisiens"
A-tchao, bonsoir, chère SNCF. Amusez-vous bien. Faites-vous bien plaisir.

Il faut détruire Carthage !






Ils devaient nous faire aimer l'An 2000 !


Le téléphone portable... Souvenez-vous de Radiocom 2000 !


Il y a 20 ans ou plus, quand ça aurait bien rendu service aux représentants, artisans, médecins, etc..., c'était un luxe que seuls les taxis et quelques privilégiés pouvaient se payer.
En 1995, les "portables", plutôt "transportables", d'ailleurs, faisaient la joie de quelques frimeurs : pensez, en plein restaurant, avoir son propre téléphone, négligemment posé à côté de soi sur la banquette, qui sonne au milieu du repas, et répondre sur-le-champ, isolé subitement dans une bulle lumineuse et magique, à un lointain correspondant, que, oui, on fait la pause de midi, et que, non, on ne sera pas de retour au bureau avant 15h30 ! Épatant, non ?
Aujourd'hui, un an et quelques après cet an 2000 qui devait nous apporter tant de joie, le "portable", devenu un vrai "portatif", est une banalité. Tout le monde ou presque peut l'avoir, le moindre prolo, dans le bus ou le métro, s'en sert comme il regarderait sa montre, ça ne coûte pas cher, ça marche bien (du moins dans les grandes villes), et McDonald en offre même un, avec abonnement, pour l'achat de deux ou trois suicides caloriques (lisez : hamburgers), MacTélécom, sans doute !
Je trouve suspecte cette insistance à en refiler un à tout le monde. Et je prédis que la prochaine étape de cette noble invention de M. Edison, sans laquelle le mot "stress" ne serait jamais passé dans la langue française ("Et le huitième jour, qui était donc un lundi, Dieu créa le stress"), est la suivante : si ce n'est en l'an 2000, du moins peu d'années après, le téléphone portable sera obligatoire. Vous riez ? Vous allez voir!
Voici un petit scénario de science-fiction, ou plutôt, pour parler français, d'anticipation : "M. Dupont sort de chez lui, ce lundi matin. Il se rend à pied à la station de métro la plus proche. En entrant dans le souterrain, il entend le bip de son téléphone. Il répond : "Dupont, 06 43 17 17 17, j'écoute. - Bonjour, Dupont 06 43 17 17 17. Contrôle de routine, central Réaumur, opérateur 223. Votre destination, s'il vous plaît ? - Je vais à mon travail, boulevard de Strasbourg. - Bien reçu. Quel est le numéro de votre employeur, Dupont 06 43 17 17 17 ? - C'est le 01 43 29 29 29, opérateur. - Bien noté, Dupont 06 43 17 17 17, je vérifie. Bonne journée."
L'opérateur 223 raccroche avant que Dupont ait pu ajouter un mot, mais celui-ci ne s'en offusque pas, il sait que ces opérateurs ont une lourde tâche, avec toutes ces centaines d'appels à effectuer chaque jour. Serein, Dupont continue son chemin.
Plus tard dans la journée, au bureau, il ne sera pas surpris de constater que Durand, son collègue, qui a mauvais esprit, reçoit, sur le téléphone de l'entreprise, un avertissement sévère du central Réaumur. Bien qu'il n'entende pas ce que dit l'opérateur, aux réponses de Durand il peut reconstituer la conversation : "Durand 06 67 20 20 20, identifiez-vous ! - Oui, je suis bien Durand 06 67 20 20 20. - Durand 06 67 20 20 20, vous êtes en infraction, vous ne répondez pas aux appels de routine ! Nous avons tenté deux fois de vous appeler ce matin, vous ne répondiez pas, et vous avez l'effronterie de laisser un message annonçant votre indisponibilité ! - J'avais besoin de calme, et ces appels me fatiguent. Qui plus est, vous me contrôlez pratiquement trois fois par jour depuis une semaine, c'est du harcèlement ! - Durand 06 67 20 20 20, vous êtes mal placé pour juger qui nous devons appeler ou pas, et combien de fois. Si vous êtes malade, demandez un congé d'isolation par la voie légale, mais ne sortez pas sans votre appareil ! Vous êtes en tort, et j'ai le regret de vous annoncer qu'une amende de 1000 euros sera prélevée sur votre prochain salaire. Je fais le nécessaire immédiatement auprès de votre employeur. Et sachez que toute récidive sera passible de prison. Bonne journée, Durand 06 67 20 20 20 !"
Il n'a que ce qu'il mérite, songe Dupont, sans méchanceté pourtant. Il se replonge dans la lecture de son journal.
Bon citoyen, il s'étonne et s'indigne que l'on ait encore arrêté une communauté d'une dizaine de "rebelles isolés", des réfractaires qui refusent le téléphone portable et se terrent dans les égouts pour échapper à la Polcom, la police de la communication, qui les traque impitoyablement. Pauvres gens, pense Dupont, qui a du cœur. Refuser si bêtement le progrès !"
Ils devaient nous faire aimer l'An 2000, vous dis-je ! Moi, je l'aime déjà: j'ai un portable, et il ne marche jamais. J'habite en Ardèche, pas boulevard de Strasbourg à Paris. Les relais sont plutôt clairsemés. Sous mes voûtes, chez moi, j'ai beau allumer l'appareil, il n'affiche péniblement qu'un relais ou deux, au mieux, et toute communication est impossible, coupée sitôt que commencée, les voix robotisées, les paroles incompréhensibles. Mais si je vais dans la rue, à 20 mètres de là (qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente'), alors là, merveille, je trouve régulièrement trois à cinq relais d'affichés sur mon petit écran.
Chouette, je me dis, ça passe, je vais pouvoir téléphoner. Je compose mon numéro, l'écran me dit «renvoi actif», je commence à y croire, et là, subitement, le nombre des relais descend à deux ou un, ou zéro, et ma communication est foutue'
C'est beau, le progrès! Nous serons peut-être, finalement, sauvés de l'esclavage par les défaillances de la technique. Mais je n'espère pas trop, «ils» font des progrès stupéfiants chaque jour' Il paraît que dans quelques années, ces deux «avancées» merveilleuses se seront produites:
1) Dès la naissance, chaque individu aura son numéro de portable attribué, pour la vie'
2) La puce émettrice sera greffée sous sa peau, pour qu'il ne risque pas de sortir sans elle'
Comme à ce moment-là les relais seront implantés tous les cent mètres, même en Ardèche, il n'y aura plus de problèmes de communications, tout passera fort bien, clair et net, jusqu'aux ordinateurs de Big Brother'
Je ne sais pas si vous avez aimé l'an 2000. Mais moi, je sens que je ne vais pas aimer l'an 2020. Ce qui ne me tracasse pas pour moi, j'aurai alors septante ans; mais pour mes enfants, je me fais du souci.

Il faut détruire Carthage!







Aux vertus qu'on exige des automobilistes...

... il serait peu de politiciens dignes de conduire, que ce soit un pays ou une voiture !
Tolérance zéro, disent-ils : vous faites trop de morts chaque année

Ils font si peu de morts chaque année, eux, avec le sang contaminé, les guerres, les nuages de Tchernobyl qui passent à côté de la France, les routes mal entretenues qui provoquent des accidents, les carrefours mal signalés, les villages-couloirs où des enfants se font écraser par dizaines, les suicides de chômeurs désespérés ou de chefs d'entreprise ruinés par les taxes, etc.

Tolérance zéro, disent-ils : un peu d'alcool dans le sang fait de vous un criminel en puissance

On n'attend pas que je sois effectivement un criminel, non, que j'aie vraiment fait du mal à quelqu'un' on me condamne parce que je pourrais en faire ! Principe de précaution !

A ce compte-là, tous les hommes sont des violeurs en puissance, puisqu'ils disposent du matériel nécessaire pour commettre un viol ! Toutes les ménagères, avec leurs dizaines de couteaux dans les tiroirs de leur cuisine, sont en mesure d'égorger à tour de bras ! Tous les menuisiers, parce qu'ils possèdent des marteaux, peuvent défoncer des crânes ! etc'
Moi, je trouve que les Français ne conduisent pas si mal que ça. On nous rebache les oreilles de notre prétendue mauvaise conduite, mais l'on ne tient pas compte des éléments vraiment significatifs du trafic automobile:

En 1968, il y avait moins de 20 millions de voitures en France, un trafic poids lourds insignifiant, et 16000 morts par an dans les accidents de circulation.

Aujourd'hui, le parc automobile a doublé, le trafic poids lourds a évincé le rail, nombre de départements, comme l'Ardèche, n'ont plus de transport ferroviaire voyageurs, et le nombre de morts est de moins de 6000 par an.

On peut raisonner plus loin: dire qu'il y a 20, ou 40 millions de véhicules, ne suffit pas à rendre compte de la réalité. Car celle-ci est bien différente, suivant que ces véhicules sont en mouvement, ou garés sur un parking. Il serait plus judicieux de connaître, à tous moments, combien de véhicules sont effectivement en train de rouler; et de calculer alors combien de transactions simultanées existent entre ces véhicules... ce dernier nombre étant évidemment colossal !

J'appelle transactions: croiser un véhicule, doubler un véhicule, suivre, être suivi, prendre une priorité, céder une priorité, ajuster sa vitesse sur, réagir à un comportement dangereux, avoir un comportement dangereux, changer de direction, respecter une signalisation, anticiper, surveiller, etc... J'appelle transactions: ne pas être seul au monde, et en tenir compte.

Il y en a des millions à chaque seconde. Faites le calcul, vous verrez.

Et pour une activité - à risque - qui comporte des millions de transactions à chaque seconde, il n'y a pas plus d'accidents que cela ? Mais ça tient du miracle ! Ou alors, il faut bien admettre que les Français conduisent bien !








Notre 68




Marchands de Grec! Marchands de Latin ! Cuistres ! Dogues !
Philistins ! Magisters ! Je vous hais, pédagogues !
Car dans votre aplomb grave, infaillible, hébété,
Vous niez l'idéal, la grâce et la beauté !
Car vos textes, vos lois, vos règles sont fossiles !
Car, avec l'air profond, vous êtes imbéciles !
Car vous enseignez tout, et vous ignorez tout !

Victor Hugo, Les Contemplations.








Après qui en avions-nous en 68, quand ont commencé les fameux "événements"?

On a voulu nous faire croire après coup que c'était après la société, le gouvernement, De Gaulle, la droite, la bourgeoisie, le capitalisme, le judéo-christianisme, etc ...

C'est faux. C'est un mensonge éhonté, fruit de la récupération intense dont nous, les jeunes d'alors, avons été l'objet.

Nous, étudiants, lycéens, nous qui avions entre 18 et 25 ans en 68, ne savions rien de tout cela: politique, religion, lutte des classes, syndicalisme: nous ne connaissions du monde des adultes que ce que nous avions sous les yeux tous les jours, et cela se résumait à deux catégories d'adultes, essentiellement: nos parents (avec qui, n'en déplaise, nous nous entendions plutôt bien, certainement pas plus mal, en tous cas, que les jeunes générations actuelles avec les leurs...) et nos profs, professeurs de collèges, de lycées et de facs.

Ce sont eux, les profs, qui ont fait l'objet de notre révolte. Bien avant que "les éléments progressistes" parmi eux n'aient noyauté nos groupes; bien avant que les syndicats, ouvriers et autres habitués de la manif professionnelle ne se soient manifestés "à nos côtés"... bien avant toute cette récupération de merde, nos adversaires, ceux contre qui nous avions une dent, c'étaient les pédagos eux-mêmes, nos chers maîtres, nos garde-chiourmes, nos mentors, bref, nos profs !

En février 68 - avant même le fameux Mouvement du 22 Mars ...- moi, qui écris ces lignes, au lycée C... de D..., élève de Terminale, j'avais fondé avec quelques amis le S.E.L., syndicat des élèves du lycée, dont le but avoué était "harceler les autorités jusqu'à ce qu'elles cessent de nous faire chier". Je passe sur le caractère utopique d'une telle démarche, mais l'essentiel est là: la révolte grondait, chez les petits, les enfants, les jeunes: révolte contre ce carcan qu'était devenu le système éducatif; révolte surtout contre ses incohérences, ses injustices, l'inadéquation totale entre ses discours et le comportement de ses défenseurs et prosélytes, les profs. Quoi, des gens qui prétendaient nous enseigner la morale, l'honnêteté, la loyauté, et qui trichaient à tout va ? Quoi, des défenseurs de la vertu et de la bienséance, qui picolaient jusqu'en classe et tripotaient au passage toute chair fraîche, fille ou garçon, qui passait à portée de leurs mains ?

Nous n'avions rien contre De Gaulle, alors. Mais nous en avions après Botton, surveillant général du lycée C... de D..., qui était un sadique, féru de savoir sur la guillotine et toutes sortes de supplices, et pédéraste notoire (on ne disait pas encore pédophile, à l'époque). Nous en avions après V.D.B., prof de philo, qui fumait en classe, invitait certains jeunes chez lui pour des parties fines, nous avertissait que "ça ne le dérangeait pas qu'on se masturbe en classe" et avouait qu'il aurait bien aimé être communiste, parce que le communisme, c'était formidable, c'était la doctrine pour laquelle il avait le plus de respect et d'admiration, mais qu'il n'avait pas le courage de franchir le pas ...

M. T. Maschino a écrit un livre, au demeurant fort intéressant, intitulé "Voulez-vous vraiment des enfants idiots ?". On pourrait lui répondre par "Voulez-vous vraiment faire élever vos enfants par ... ça ?"

Ça: Monsieur P..., en classe de 6ème, qui buvait l'éther, et empestait la classe lorsqu'il était allé se faire une petite "recharge" entre deux cours. Ça: Monsieur S..., qui ne sentait que l'alcool... Ça: Monsieur A..., qui adorait les fesses des petits sixièmes. Ça: Monsieur B..., qui m'a un jour envoyé à l'infirmerie d'une claque. Ça, celui dont je n'ai pas jugé bon de retenir le nom, qui m'a un jour mis une autre claque dont je me souviens, avec ce commentaire: "Je ne t'aime pas, et ça fait longtemps que j'avais envie de t'en mettre une."...

Mais ceux-là, dira-t-on, étaient des cas, et à la limite, les autres les auraient désavoués et mis hors d'état de nuire, eussent-ils su... Exact.
Seulement voilà, les autres ne savaient pas. Le système était ainsi fait que les autres ne savaient pas, ou ne voulaient pas savoir. Le système considérait l'élève comme infantile, irresponsable, en aucun cas digne de foi, et les adultes comme omniscients, irréprochables par principe, et insoupçonnables de quoi que soit. La femme de César... Et par principe, l'enfant avait tort, même quand il avait raison. Une fois où, adolescent, j'avais été puni injustement par un prof, et où, après intervention de mon père, j'avais pu prouver mon innocence, la très juste et bienveillante autorité du collège où je me trouvais a admis devant moi qu'effectivement, je n'étais pas coupable, et que de plus le prof s'était montré très injuste, mais que la punition était maintenue "pour ne pas nuire à la discipline" ! Où allons-nous, si ces chères têtes blondes se mettent à avoir raison contre les adultes ?!?

Nous en avions après ces gens-là, tous, les anormaux comme Botton, et les "normaux", parce qu'ils étaient trop loin de ce que le discours "éducatif" voulait laisser entendre. Le discours nous disait "on est prof par vocation", et ceux-là l'étaient devenus par tradition familiale, pour les vacances ou pour ne pas aller à l'usine... le discours nous disait "la patrie, la France", et ceux-là ne cessaient de critiquer, de dénigrer le pays et de citer les autres en exemple; le discours nous disait "justice, tolérance, charité chrétienne", et ceux-là n'avaient pas de mots assez durs pour vilipender tout ce qui n'était pas de leur classe, ne pensait pas comme eux, ne votait pas comme eux; le discours nous disait "tricher aux examens, c'est mal", et ceux-là attribuaient des notes "statistiques" lorsqu'ils avaient marre de corriger les copies; le discours nous disait "courage, force de caractère, travail, abnégation", et ceux-là avaient tous un copain toubib pour pouvoir se faire porter pâles lorsque ça les arrangeait...
Nous en avions après ces gens-là, parce qu'ils étaient pusillanimes, mesquins, lâches, petits, parfois mauvais, cruels et bêtes, violents, suffisants, despotiques, et qu'ils passaient leur temps à nous dire le contraire.
Nous en avions après ces gens-là, parce qu'ils étaient des "petits chefs", pire que des sous-offs, impitoyables envers tout ce qui était en dessous d'eux, et complètement rampants jusqu'à l'abjection devant leurs supérieurs.
Nous en avions après ces gens-là, parce qu'ils étaient aussi faillibles, insuffisants, humains en bref, que nos parents, et l'on pouvait pardonner à nos parents, qui ne faisaient pas profession d'enseigner et avaient la vie dure à rapporter la croûte tous les jours à la maison, mais pas à eux, qui prétendaient être la conscience, l'élite, la crême du monde, et ne se fatiguaient pas trop, ne se mouillaient pas trop !

Je pourrais citer mille anecdotes triviales pour illustrer les griefs que nous pouvions avoir contre les pédagos. Et si j'interrogeais mes anciens camarades, il faudrait en ajouter autant pour chacun d'entre eux; et nos frères et soeurs, plus jeunes ou plus vieux, autant...

Qu'il suffise de dire: c'est contre eux que nous nous sommes révoltés en 68. Et à juste titre. Et dans les jours qui ont suivi la fondation du "SEL", nous avons été contactés (car tout se sait...) par un groupement trotzkiste, par le PC et par l'UNEF... chacun nous proposant "des moyens d'agir, et un support idéologique". Surtout le support idéologique, suivez mon regard.

Puis les Parisiens ont fait parler d'eux, et tout s'est trouvé noyé dans la grande pagaille issue de la capitale. En avril, notre cher prof de philo, M. VDB, nous a affirmé qu'il "comprenait nos luttes et revendications" et se rangeait à nos côtés. Qu'est-ce qu'on était contents ! Il n'a pas dû bien voir où étaient nos côtés, (d'ailleurs, il préférait les derrières), car après cette courageuse déclaration, nous ne l'avons plus vu... Le prof d'histoire-géo est venu en classe avec un manche de pioche, qu'il a posé bruyamment sur son bureau en disant que le premier qui bronchait, il lui cassait la tête. Personne n'a bronché. Les profs de Français et de maths ont disparu jusqu'à la mi-juin. La prof de physique-chimie a jugé opportun d'accoucher à ce moment-là, ça, au moins, c'était normal. Le prof d'Italien, connu pour ses sympathies fascistes, est sorti de la classe la tête haute, mais les fesses serrées, le jour où un groupe d'étudiants y a fait irruption pendant un cours pour le défenestrer, et on n'a plus entendu parler de lui... etc...
Tous ces individus étaient absents, aussi bien des manifestations que des réunions et autres coups fourrés auxquels nous, adolescents, nous trouvions mêlés. Mais sur le plan médiatique, ils étaient un peu là ! Leurs syndicats, leurs corporations monopolisaient les ondes, les journaux, leurs tracts étaient partout, ils discutaient avec les ministres, ils proposaient réforme sur réforme, ils allaient refaire la société, on allait voir ce que l'on allait voir, le judéo-christianisme avait vécu, le capitalisme était à bout de souffle, les bourgeois n'avaient qu'à bien se tenir, les fascistes on les pendra, les cocos sont ringards, et tout un tas de belles déclarations qui laissaient penser qu'enfin, la France allait sortir de son obscurantisme, puisque les gens des lumières, eux, prenaient sa destinée en mains.
Qu'est-ce qu'on était contents ! Mais comme si tant de bonheur ne suffisait pas, en mai, tout d'un coup, les cocos et autres syndicats se sont réveillés et ont pris le train en marche, et alors là, ça a été le paradis, ici et maintenant: sous les pavés la plage, du lait coulait dans les rivières, toute injustice allait enfin disparaître, tout le monde il serait beau, tout le monde il serait gentil, l'égalité des chances pour tous, ouvriers et étudiants même combat, plus de distinction entre intellectuels et manuels, entre riches et pauvres, entre bourgeois et prolétaires, le bonheur !

Nous nous sommes fait enculer. Nous, les jeunes, étudiants, lycéens, nous qui avions cru à quelque chose, nous qui demandions seulement un peu d'assouplissement du système éducatif et la disparition de quelques incohérences, nous avons été enculés, proprement mais très profondément par tous ces "adultes", les intellectuels, les profs et autres penseurs, et les manuels, ouvriers, syndicalistes, et par tous ces politiciens professionnels qui ont dès le début noyauté, récupéré et dévié nos mouvements.
On nous a fait dire ce que nous ne voulions pas dire; on nous a prêté des revendications que nous n'avions pas, et on a soigneusement occulté celles que nous avions.
Les intellectuels nous ont enculés, et comme c'est une occupation où ils sont maîtres, à force d'enculer même les mouches, ils ont continué depuis à enculer toute la France...

Je l'ai dit, nous nous étions révoltés avant tout contre nos profs... De là à penser que nous ne les aimions pas, il n'y a pas loin, mais il faut modérer un peu cette opinion: avec tous leurs défauts, leurs lâchetés, leurs insuffisances, leurs mesquineries, les profs d'alors étaient encore, au moins, des gens de conviction, des gens de métier, et souvent ils savaient de quoi ils parlaient. Mais ceux de maintenant ...

Si je devais mettre un titre à ce paragraphe, je ne pourrais pas en trouver d'autre que: "Les Tricheurs".

Tricheurs, ces intellectuels qui n'ont d'autre souci que d'avoir leur petite maison, leurs deux ou trois voitures, leurs cotisations retraite, leurs vacances au bord de la mer, leur télé, leur vidéo, les meilleures écoles pour leurs enfants, et votent à gauche, élisent un Mitterrand, et prétendent se soucier du sort de l'ouvrier !
Tricheurs, ces gens qui donnent 12 à 20 heures de cours par semaine, en passent encore 5 ou 6 à corriger des copies, ont trois mois de congés par an, et vous disent doctement, à vous qui venez de trimer 12 heures pour la moitié de leur salaire, le soir devant un verre, combien ils sont fatigués par cette vie infernale qu'ils mènent !
Tricheurs, ces gens qui se plaignent de la violence de la jeunesse, de son manque d'éducation, de la démission des parents, mais sont ceux qui ont provoqué le travail des femmes, la destruction de la famille, la ringardisation des valeurs morales, des notions de travail, de famille, de patrie (oui, oui, je sais, ricanez si vous voulez !), de religion, de devoir...
Tricheurs, ces gens qui se sentent concernés par le déficit de la Sécurité Sociale, et vous disent froidement que cette année, ils vont pouvoir faire du canyoning en Ardèche, parce qu'il leur "reste 20 jours de congé-maladie à prendre"...
Tricheurs ces gens qui sont à la tête de toutes les ligues contre le racisme, pour l'amitié entre les peuples, et autres SOS-mon pote, mais qui habitent dans de jolis lotissements des banlieues calmes, où nul oncques ne vit l'ombre d'un basané... (sauf le dimanche, s'ils ont besoin d'un travailleur au noir pour monter des moellons dans leur garage).
Tricheurs, tricheurs, tricheurs ! Qu'aurait dit Victor Hugo de ces pédagogues-là ? Je n'ai pas le talent de Victor Hugo, mais ce que j'avais à dire, je l'ai dit !

Il faut détruire Carthage !
CATON







A propos de la Révolution Française


Troupeau imbécile, qui voulait tuer le Loup, et n'a réussi qu'à tuer le Berger !



Ah, certes, tous les loups de la création sont venus l'en féliciter, après !

Ils devaient changer le monde ! L'améliorer tellement... En deux siècles, on les a vus à l'œuvre.

C'est vrai que le Peuple se sent beaucoup mieux maintenant !

Plus personne n'a faim. Il n'y a pas de chômage. La liberté d'expression est totale. Les geôles sont vides. La sécurité règne dans les rues. La police ne tabasse plus personne. Les riches partagent avec les pauvres. Les puissants n'oppriment plus les faibles. La peur, la misère et la maladie ont disparu. La guerre est bannie. Les deniers publics ne sont plus gaspillés, et il n'y a plus de caste de profiteurs s'engraissant honteusement sur le fruit de la sueur du Peuple.
Ceux qui occupent les sommets de la hiérarchie ne sont plus arrogants, ni ceux qui en occupent le bas, contraints à l'humilité. Les usuriers ne saignent plus le Peuple à blanc. L'impôt, après s'être allégé, a fini par disparaître.
Le bonheur et la joie de vivre ont envahi nos rues. Plus personne ne se suicide, il n'y a pas de dépressions, de tristesse, de mal de vivre, de détresses, de morosité.
C'est vrai : on était vraiment mal, sous l'Ancien Régime ! Qu'est-ce qu'on se sent bien, maintenant !
Moi, je suis un féodal, avant tout; monarchiste, seulement en tant que corollaire de féodal. Ce n'est pas la monarchie qui m'importe, c'est la féodalité.
C'est-à-dire que ma loyauté va, non à des idées, non à des principes, non à des systèmes, mais à un homme.
Je me conçois à la fois comme chef et comme vassal. Chef de tous ceux qui se sont placés sous ma protection, et que ma valeur domine en même temps qu'elle les rassure; vassal de celui, et lui seul, qui se montre meilleur que moi en toutes choses, mon suzerain.
Je n'en peux concevoir qu'un. Non qu'il n'y eût plus d'un homme meilleur que moi sur cette Terre, bien sûr. Mais parce qu'un seul peut être mon chef: car comment tous ces hommes supérieurs s'entendraient-ils pour être chefs tous ensemble?
Et si des hommes supérieurs n'y parviennent pas, qui veut nous faire croire que des hommes ordinaires, dans le système dénommé démocratie, pourraient y parvenir ?
La féodalité, c'est la certitude de pouvoir s'adresser à un homme, un seul, et de pouvoir lui dire: «Chef, il y a ça et ça qui ne vont pas. Il faudrait faire quelque chose. Qu'est-ce qu'on fait?», et après discussion, concertation et conseil, on fait ce qu'il y a à faire.
Les systèmes, si perfectionnés soient-ils, ne permettent pas cela. Les systèmes perdent du temps, délayent à l'infini les responsabilités, entravent l'initiative et découragent la loyauté individuelle.

Il faut détruire Carthage !







Génération Mitterrand



Qu'allons-nous faire de la génération Mitterrand ?

Cette génération perdue, sans repères, sans respect, sans bases morales, sans esprit critique, sans religion, sans valeurs de référence, sans espoir, sans avenir ? Mais la tête farcie de slogans, de contrevérités, de certitudes bâties sur du sable, de fausse tolérance théorique applicable sans discernement à tout le monde, en fait intolérance fanatique envers tout ce qui n'entre pas dans son moule, dans ses critères, dans ses modes ?

J'appelle "génération M." non seulement ces malheureux gosses nés depuis 1981 - nos enfants - mais aussi ceux nés un peu avant, entre 70 et 80, sous Giscard, et qui étaient encore enfants, malléables, lorsque le Grand Maître du Mensonge a pris le pouvoir : nos petits frères et soeurs, nos cousins et cousines, nos neveux et nièces, et tous ces jeunes de 20 à 30 ans qui sont maintenant nos compagnons de travail, nos employés, nos voisins.

J'appelle "génération M.", pour simplifier, tout l'après 68, tous ceux qui n'ont eu pour éducation (sic) que le ramassis d'expériences fumeuses concoctées par la gauche pour remplacer à tout crin les valeurs traditionnelles (bonnes et mauvaises mélangées) qu'elle venait de saboter ; expériences fumeuses ensuite récupérées et améliorées par "la droite la plus bête du monde", toujours en retard d'une guerre et soucieuse de rester dans le vent du "progrès", quand bien même l'évidence lui montrerait sans équivoque que ce "progrès" n'est autre que celui de la gangrène sur les cellules saines !

Qu'allons-nous faire de tous ces gens conditionnés, sloganisés, manipulés, tellement imprégnés du discours délétère du Mauvais qu'ils sont inaccessibles aux simples armes de la logique; tellement dépossédés, même, de l'outil du raisonnement, le langage, qu'ils peuvent accepter sans broncher des contradictions au sein d'une même déclaration, tellement les mots ont été pour eux vidés de leur sens, détournés, falsifiés ? Qui a dit : "Pour voler l'âme d'un peuple, il faut le priver de sa langue" ? Au fil des années, depuis ma naissance, le Français est devenu du Franglais, de l'Hexagonal, de la Novlangue (voir 1984 d'Orwell) puis enfin du Polcor (politiquement correct).

Qu'allons-nous faire de ces gens pour qui la notion du Bien et du Mal a été remplacée par celle de Plaisir et Déplaisir ? A qui l'on a inculqué qu'ils avaient des Droits, sans jamais leur dire qu'ils avaient des Devoirs ? A qui l'on a matraqué l'idée que tous les hommes sont égaux, toutes les différences respectables, mais que certaines opinions sont inadmissibles ? A qui l'on a enseigné qu'il ne fallait pas même accepter la discussion avec ceux - traités d'une façon vraiment très inégalitaire, eux - qualifiés de "politiquement incorrects" ? (Pourquoi ? de crainte d'être convaincus?). Tellement fanatisés et incapables d'écouter leurs adversaires (où est leur belle "tolérance" ?) qu'ils ne savent répondre que par des hurlements hystériques aux moindres critiques que l'on peut formuler contre eux, ou contre leur système, ou même simplement contre tel ou tel chien galeux dont la rumeur leur a dit sans équivoque qu'ils devaient se faire les champions ?

Où sont les Voltaire, les Chomsky, capables de dire "Je ne suis pas du même avis que vous, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez l'exprimer" ?

Qu'allons-nous faire de tous ces gens, nos enfants, nos frères et soeurs, à qui l'on a menti, menti, menti sans relâche depuis leur naissance, et qui ne savent pas distinguer le vrai du faux, le sophisme du raisonnement, qui prennent pour démonstration et preuve ce qui n'est qu'amalgame, généralisation abusive, syllogisme faux et pétition de principe ? Savent-ils seulement ce qu'est un syllogisme, une pétition de principe ? Leur en a-t-on expliqué les mécanismes, les dangers, et la manière de les démonter ?

S'il s'agissait d'ennemis, d'un autre peuple, de gens lointains, nous pourrions les laisser à leur triste sort. Mais ils sont notre peuple, notre prochain, une partie de nous: comment allons-nous les sauver ? Est-il encore temps ?

Il faut détruire Carthage !
Caton








Gustave Eiffel pas mort !



L'automobile : un machin d'ingénieurs du XIXème siècle, à peine relooké XXème.



Ça fonctionne toujours avec des explosifs. C'est plein de tôles coupantes, de ferrailles lourdes et de boulons inaccessibles. Ça fume, ça pue, et si on y met la main, elle en ressort souillée de graisse noire.

On y trouve 12 métaux différents, 12 plastiques différents, du caoutchouc sous 5 ou 6 formes, de l'ébonite, du verre, du liège, du bois, du cuir, du tissu, du carton, du lino, de la laine de verre, du goudron, et par-dessus tout ça, quelques bonnes couches de peinture, car ce n'est toujours pas de l'inox !

L'été, il y fait trop chaud, et l'hiver, on s'y gèle. S'il pleut, ça démarre mal, et ça glisse quand ça roule. L'électricité y est câblée comme dans une usine de Zola, bien qu'on y trouve des gadgets du XXIème siècle pour écouter de la musique ou vous avertir que vous avez oublié de boucler votre ceinture (mais pas pour vous prévenir que vous avez laissé les phares allumés et que la batterie se vide).
On les gare toutes près de maisons alimentées en 220 V alternatif, mais il n'y a toujours pas de transfo ni redresseur incorporés pour permettre de recharger les batteries la nuit...

Etc...

Si le prix des automobiles, depuis 1945, avait suivi la même évolution que celui des ordinateurs, en termes de rapport qualité-prix, à l'heure actuelle le plus beau modèle de Rolls-Royce vaudrait 1 ' !






La programmation neurolinguistique'


ou l'art de manipuler ses semblables


par

Christian Balicco


Docteur en psychologie, consultant en ressources humaines et membre de l'American Psychological Association - Il est en particulier l'auteur d'un livre : "Les méthodes d'évaluation en ressources humaines. La fin des marchants de certitudes". Les Ed d'organisation, 1997

Il nous paraît bien difficile de décrire en quelques pages, de manière exhaustive, quels sont les présupposés, les fondements et les objectifs de la programmation neuro-linguistique (PNL). Notre approche sera, de ce fait, relativement synthétique et pour tous ceux qui souhaiteront aller plus loin dans la réflexion, une bibliographie sommaire sera proposée à la fin de cet article.
Le fait que la PNL soit une méthode fréquemment utilisée dans le domaine des ressources humaines - notamment dans le cadre de la formation continue et, dans une moindre mesure, dans le recrutement - ne doit pas être considérée comme une preuve de sa pertinence, bien au contraire.
Tentative de définition de la PNL
Donner une définition de la PNL semble impossible tant la diversité de celles que nous avons consultées est grande. Pour certains, elle serait ainsi "une étude de l'expérience subjective", ou une "nouvelle approche de la communication et du changement". Pour d'autres, sautant allègrement le pas de la communication à la psychologie, elle serait une "nouvelle approche de la personnalité". Quelles que soient les définitions proposées, la stratégie sera toujours la même : derrière un hermétisme pseudo-conceptuel, elles tenteront, par le biais d'un discours plus ou moins obscur, de dissimuler un nombre incalculable de contrevérités - parfois naïves, souvent grossières - comme nous le découvrirons dans cet article.
Ainsi, à titre d'illustration de cet hermétisme pseudo-conceptuel : "La PNL serait un processus et le modèle d'un processus", elle serait "un modèle de l'expérience subjective et la manière dont cette expérience influe sur notre comportement. En tant que modèle la PNL peut être considérée comme une " épistémologie " de l'expérience. Les modèles épistémologiques tels que le modèle de la PNL sont des modèles uniques dans la mesure où l'acte de penser à de tels modèles les fait devenir une partie de notre expérience" (Dilts, 1995)1.
Fondements et origine de cette méthode. Voir note spéciale.
Pour un de ses "spécialistes", la PNL a été conçue dans les années 1970 en "croisant les apports méthodologiques de la cybernétique, de l'informatique, de la linguistique avec, d'une part, les approches communicationnelles issues de l'École de Palo Alto et d'autre part l'apport des sciences cognitives" (Cayrol, 1990). De telles origines pourraient immédiatement faire croire à une certaine légitimité de la méthode, ces différentes disciplines ne sont-elles pas, en effet, enseignées dans les universités les plus prestigieuses de la planète ? Ne constituent-elles pas, pour la plupart, les fondements de la plupart des disciplines scientifiques ? Mais qu'en est-il véritablement ?
Quand on connaît l'extrême complexité de disciplines comme la neurologie (ainsi que les disciplines associées comme la biochimie cérébrale ou encore les neurosciences), la linguistique ou les sciences cognitives (et la cybernétique), on pourrait légitimement s'attendre à une explication de la PNL relativement difficile d'accès notamment pour le néophyte. C'est pourtant loin d'être le cas puisque pour Hevin et Turner, deux illustres praticiens de la méthode, la PNL s'intéresse à la "programmation créée par les interactions entre le cerveau (neuro), le langage (linguistique) et le corps qui produisent aussi bien des comportements efficaces qu'inefficaces". Ces deux "génies" ont donc découvert que nous nous servions d'un langage pour communiquer et que nous utilisions notre cerveau et notre corps pour nous faire comprendre d'autrui. Cette explication, qui n'est d'ailleurs pas tout à fait fausse, illustre parfaitement la complexité intellectuelle de cette discipline ! Plus sérieusement, elle illustre la stratégie sous-jacente qui est de rendre compliqué ce qui, pourtant, est simple ("si c'est compliqué, c'est donc que c'est sérieux" pourront - naïvement - penser certains).


Bien évidemment, n'ayant pas encore suivi les différentes recettes préconisées par les "spécialistes de la PNL", nous ne pouvons, malheureusement, pas encore éviter les comportements inefficaces (par opposition aux comportements supposés efficaces !).
La simplicité intellectuelle de la PNL tant au niveau de ses fondements que de ses objectifs est d'ailleurs ce qui fait son succès. Acquise en quelques semaines dans des "Instituts" ou des "Centres de développement" et ouverte au "tout venant" sans autre obligation que de s'acquitter du prix - généralement prohibitif - de la formation, la PNL fascine un public peu formé à la démarche scientifique et surtout extrêmement naïf dès lors qu'il est question de "communication", de "développement personnel" ou de "psychologie" (nous faisons, bien entendu, référence à la "psychologie naïve ou quotidienne" par opposition à celle qui est enseignée au sein de l'université).
La PNL est-elle une science ?
La PNL est présentée comme la synthèse d'un travail d'observation et de compréhension. Elle se fixe comme ambition de "mieux communiquer" avec autrui ou, pour être plus précis, "d'atteindre l'excellence en matière de communication". Même si l'objectif est louable en soi, les praticiens de cette méthode ont la fâcheuse tendance à négliger différents détails qu'il est important de rappeler au lecteur. Ces détails concernent, d'une part, les fondements scientifiques et, d'autre part, la dimension éthique.
Les fondements scientifiques
Comme le précise Yves Winkin (1990), à la lecture de quelques ouvrages de PNL, "l'univers scientifique est régulièrement évoqué à travers des noms et des titres célèbres, mais l'attitude générale n'est pas celle de la recherche, du questionnement, de l'évaluation critique. C'est celle de l'application claire, concrète, rapide sur les bases "des découvertes de la science". Illustrons notre position par quelques exemples.
La référence à "l'Ecole de Palo Alto".
Il est toujours intéressant de rencontrer des "maîtres praticiens en PNL" qui font référence à cette "institution" en oubliant - ou en ignorant - que cette "école" n'est pas un centre universitaire comme certains le supposent encore, mais une communauté de chercheurs et de cliniciens regroupés autour de Grégory Bateson. Inutile de préciser - hormis le fameux présupposé "Nous ne pouvons pas ne pas communiquer" - que la PNL ne se réfère aux travaux de cette école que de manière extrêmement superficielle et, disons le, tout à fait personnelle2.
La grammaire transformationnelle de Chomsky .
Les praticiens de la PNL se réfèrent constamment à la théorie linguistique de cet auteur mais en oubliant de préciser que les expressions utilisées sont totalement détournées de leur sens. Ainsi, à titre d'exemple, les PNL'istes n'hésitent pas à se servir de la "structure de surface" qui pour eux devrait "aider le sujet à retrouver son expérience sensorielle initiale et enrichir son modèle du monde". Les PNL'istes se servent ainsi d'une théorie de nature linguistique pour légitimer un discours à objectif psychothérapeutique. Une telle dérive ne relève pas du simple hasard car certaines personnes, après avoir suivi deux ou trois semaines de séminaires en PNL (dans le meilleur des cas), n'hésiteront pas à se présenter comme des "psychothérapeutes"3 faisant croire à leurs patients, à travers des titres ronflants ("Maître praticien en PNL") qu'ils sont de véritables spécialistes du soin.
L'interprétation abusive.
Comme tous "les marchands de certitude", les praticiens de la PNL n'hésiteront pas à interpréter le moindre de nos comportements - de la même façon que les "gestuologues" - et à leur donner une signification psychologique, obligatoirement univoque4. Dans cette perspective ils attacheront une grande importance au regard ou, plus précisément, aux mouvements des yeux. Ainsi, pour les PNL'istes, il existerait six mouvements oculaires qui constitueraient une sorte de grille de lecture, et l'observation des yeux permettrait de préciser si le sujet dit ou non la vérité. A titre d'exemple, si on prend un "visuel" droitier et qu'on lui pose la question "Qu'as tu regardé à la télé hier soir ?", il devrait regarder en haut et à gauche : c'est ce que les PNL'istes appellent le "visuel souvenir". Si ce n'est pas le cas, c'est que vous ne dites pas la vérité (CQFD) et, tant pis, si ça ne marche pas à tous les coups! Malheureusement, aucune étude de validation (pourtant facile à réaliser) n'est venu à ce jour étayer ces déclarations qui demeurent, par conséquent, à l'image des praticiens de la PNL: tout à fait péremptoires et, faut-il le préciser, anti-scientifiques.

La notion de programmation.
Il est incontestable que certains de nos comportements constituent des automatismes, mais la question qui se pose est de savoir si on peut pour autant les généraliser à l'ensemble de nos comportements. Cette notion de programmation empruntée à l'informatique présuppose donc une vision extrêmement déterministe et rigide de notre comportement. Une fois programmé, l'être humain ne pourrait plus, en effet, le changer car celui-ci serait dicté par ses programmes. Or, contrairement aux PNL'istes, personne n'a encore réussi à identifier quels sont les facteurs qui interviennent dans un comportement. Comme le souligne d'ailleurs le psychiatre Edouard Zarifian : "Le changement existe dans les comportements psychologiques humains : cela s'appelle l'adaptation aux circonstances". Cette notion d'adaptation - qui présuppose une souplesse à la fois intellectuelle et cognitive de notre action par rapport à notre environnement - va donc totalement à l'encontre de cette notion de programmation qui suppose une rigidité de nos comportements. Fort heureusement, cette mauvaise programmation qui nous conduit à des comportements forcément inefficaces possède sa solution et légitime l'action des PNL'istes grâce à l'installation de nouveaux programmes. La distinction entre le fonctionnement d'un ordinateur (et ses logiciels) et celui d'un être humain est difficile à opérer pour un PNL'iste et il est certainement beaucoup plus facile pour lui de donner quelques "recettes" destinées à mieux communiquer que de décrire le fonctionnement complexe d'un cerveau sous ses aspects biochimiques et psychologiques, lui-même en interaction avec son environnement.
La dimension éthique
Influencer pour mieux manipuler.
La PNL se fixe pour objectif de trouver des comportements qui puissent influencer autrui. Or cet ensemble de comportements trouve sa force non pas dans les techniques elles mêmes comme beaucoup de praticiens le supposent mais dans une relation de suggestion hypnotique qui ne dit pas son nom mais dont on trouve les fondements dans "le processus de l'ancrage" ou "le modèle Milton". Comme on sait que ce type de relation ne fonctionne que sur une population extrêmement limitée, il n'est donc pas étonnant que certains consultants - eux-mêmes praticiens en PNL et après l'avoir définitivement abandonnée - avouent à travers leur expérience que le miracle tant escompté en matière de communication n'a pas eu lieu (Le Mouel, 1991)
L'absence de preuves est un fait .
Beaucoup de postulats sont présentés comme des faits reconnus par la communauté scientifique, ce qui est loin d'être le cas. Il n'y a qu'à choisir, à titre d'exemple, "la théorie des deux cerveaux". Ce paradigme a séduit depuis très longtemps l'entreprise et, en particulier, le management (La simplicité attire, la complexité fait fuir !). Or comme l'ont démontré certains chercheurs, cette hypothèse n'a jamais été validée et, comme le soulignait d'ailleurs H. Heacan, la systématisation de cette théorie reste spéculative (in La recherche en neurobiologie, 1988 ; Jean-Marie Abgrall, "Les charlatans de la santé", Documents Payot,1998 ; etc.). L'affirmation péremptoire et la répétition de ce type de message constituent des stratégies destinées à convaincre ses interlocuteurs et à faire oublier l'absence de fondements scientifiques.
La PNL, méthode thérapeutique .
On constate - constat dramatique - que certaines personnes n'hésitent pas à se transformer après quelques (maigres) semaines de formation en "psychothérapeutes" (sans bien sûr, posséder, pour la majorité d'entre eux de formation clinique)5. Devant une telle ambition ("celle de vouloir aider ou, même, soigner autrui"), on peut s'interroger non seulement sur la santé et l'équilibre mental de ces "praticiens"6 mais aussi sur le danger qu'ils font courir aux clients qui auront la naïveté d'aller les consulter (il n'y a qu'à parcourir les pages jaunes de l'annuaire pour découvrir les fameux "psychothérapeutes" qui se présentent comme des "spécialistes de la PNL"). Il n'est pas impossible non plus que le fait de vouloir devenir "psychothérapeute" soit le résultat logique d'un processus de manipulation. Faire croire, en effet, au "tout venant" que la PNL est la "méthode miracle", la seule susceptible d'expliquer tous les comportements humains et de répéter ce type de message, sous des formes multiples et variées, constitue un renforcement que l'on retrouve dans n'importe quelle technique de conditionnement. Cette façon de procéder est d'autant plus efficace que les sommes versées (et exigées par les fameux "maîtres praticiens") sont très élevées. Elles constituent, en effet, un facteur susceptible de légitimer non seulement le contenu des formations et l'efficacité de la méthode ("si c'est cher, c'est donc que c'est sérieux et que ça marche") mais aussi le statut des "spécialistes" qui délivrent le contenu de leur (pseudo)-savoir ("si c'est aussi cher, c'est donc qu'on a à faire à de véritables spécialistes").

En conclusion
Les fondements de cette discipline et l'absence systématique de vérification - au sens scientifique du terme - nous font conclure à une utilisation abusive et, surtout anti-scientifique. Quant à l'emploi de cette méthode à des fins psychothérapeutiques, on ne peut qu'être inquiet quant au devenir des patients qui consulteront ces "pseudo-praticiens".
Et la P.N.L., on l'a vu, a du succès. Selon nous, le phénomène n'est pas près de s'éteindre. Sans véritable théorie et très simple à comprendre et à mettre en œuvre, elle fascine tous ceux qui sont attirés par une psychologie naïve et superficielle qui leur explique comment faire sans jamais se préoccuper du "pourquoi". Elle fascine tous ceux qui pensent qu'il est légitime d'utiliser une technique sans en connaître les bases théoriques et conceptuelles. Elle fascine tous ceux qui pensent que l'on peut tout affirmer sans jamais avoir vérifié quelles sont les méthodes qui ont permis d'aboutir à de telles affirmations. Il n'est donc pas étonnant que la PNL ait envahi le domaine de la formation continue - où l'esprit critique est aussi vide que la discipline elle-même - et qu'elle ait également touché le monde des cabinets conseils spécialisés dans le recrutement (dont les consultants sont toujours prêts à utiliser n'importe quelle méthode dès lors qu'il s'agit de recruter un collaborateur). Utilisée très souvent par des praticiens sans véritable formation, elle permet d'appliquer très rapidement un ensemble de recettes supposées aider certains sujets à retrouver leur équilibre psychologique (dans le domaine de la psychothérapie) ou/et à améliorer leur communication avec autrui. En fait, il ne s'agit que d'une gigantesque manipulation.
Ce n'est donc pas un hasard si Y. Winkin, professeur d'anthropologie de la communication qui a travaillé avec certains acteurs de l'Ecole de Palo Alto, qualifie la PNL de "fraude intellectuelle", "d'exploitation de la confiance" et de "manipulation des idées et des hommes". Mais ce qu'il y a de plus extraordinaire dans cette discipline, c'est la certitude de ses praticiens : pas la moindre modestie, la vérité est du côté de la PNL. Nous n'aborderons pas dans cet article les relations étranges qu'entretient cette technique avec des mouvements new-age ou sectaires. Il est vrai que, lorsque l'on débat avec les PNL'istes, on ne peut être que surpris par un discours qui ressemble beaucoup à ceux que peuvent délivrer certains adeptes de sectes. Comme le souligne d'ailleurs Y. Winkin en parlant du "discours prophétique" de la PNL : "elle relève in fine du phénomène religieux. Il est normal qu'on la persécute".

1 Cette définition est traduite de l'américain et il nous semble peu probable, vu la superficialité intellectuelle et théorique des praticiens de la PNL, que ceux ci soient en mesure de faire la différence entre le terme anglo-saxon "epistemology" qui peut être défini comme une théorie de la connaissance et le terme français utilisé comme un synonyme de philosophie des sciences.
2 Il est utile de préciser au lecteur que les praticiens de "l'Ecole de Palo Alto" se sont intéressés notamment à la schizophrénie en recherchant comment utiliser les "messages paradoxaux" sur un plan thérapeutique.
3 Un tel positionnement est d'autant plus inquiétant que la majeure partie des gens qui iront les consulter ne feront aucune différence entre un psychologue ou un psychiatre utilisant la méthode psychothérapeutique et le psychothérapeute utilisant la PNL.
4 Si vous vous croisez les bras, c'est que vous êtes obligatoirement quelqu'un de fermé à autrui. Si vous êtes en face d'une personne qui a ce type de comportement, le PNL'iste vous conseillera de vous croiser également les bras afin de vous mettre en phase avec votre interlocuteur, l'objectif étant d'améliorer sa communication.
5 Si les titres de psychologue et de psychiatre sont protégés par le code pénal (et ses décrets d'application), ce n'est pas le cas des "psychothérapeutes" (chacun peut s'installer comme "psychothérapeute" du jour au lendemain sans aucune formation). Un projet de loi a été dernièrement déposé pour lutter contre ce type de dérive.
6 L'idée qui voudrait qu'un "psy" donne des conseils à ses patients est encore très répandue dans l'esprit du grand public. Si tel était le cas, on pourrait légitimement s'interroger sur la santé mentale de ce type de praticien. Cette manière de procéder est pourtant celle qu'utilise la PNL. Cette "discipline" n'existe, en effet, que par rapport aux recettes et aux judicieux conseils qu'elle donne à ses clients (ou patients).

Note spéciale

Il est important de ne pas oublier, outre l'influence ' involontaire ' de Noam Chomski, celle d'Alfred Korzybski et sa Sémantique Générale, pour comprendre la démarche des PNL'istes. Un auteur de romans de SF, l'américain Van Vogt, a imaginé à partir de là un harmonieux et surhumain développement de ceux qui pratiquent cette discipline, dans «Le Monde du non-A», «Les Joueurs du non-A», «La fin du non-A» et finalement «La Faune de l'Espace» (Voyage of the Space Beagle) où il la rebaptise «nexialisme». Ces utopies généreuses ont certainement tourné la tête à bon nombre de braves gens.
Ce qui ne veut pas dire que la Sémantique Générale soit une théorie fumeuse. Bien au contraire, c'est très sérieux, et très intéressant. Mais ce n'est qu'une théorie du langage et de la communication, en aucun cas une recette miracle de psychologie, ni une formule magique pour se transformer en surhomme. Ce sont les babas post-soixante-huitards qui l'ont détournée à leur profit. Ne pas confondre.





Notre langue maternelle


par Michel Volle
dont je vous conseille le site:
Volle

Texte reproduit avec l'autorisation explicite de l'auteur (mentionnée sur son site)

2 décembre 2005


C'est ma mère qui m'a appris à parler et à lire le français. Elle n'a pas fait d'études mais elle s'exprime bien. Elle aime qu'un livre soit « bien écrit » ; les auteurs qui « écrivent bien » selon son goût sont, entre autres, Balzac, Colette et Proust.

Il ne lui est pas venu à l'idée d'adapter sa langue au goût du jour : jamais une expression comme « mal entendant » ou « mal voyant » n'a souillé ses lèvres. Notre famille compte malheureusement des sourds et des aveugles et ma mère dit « sourd », « aveugle », sans que cela ne blesse personne.

Sachant sans l'avoir appris à l'école qu'en français le genre neutre prend la forme du masculin, elle dira « Colette est un grand écrivain ». Dire « une grande écrivaine », ce serait affaiblir l'affirmation en rangeant Colette au premier rang non plus parmi les écrivains, mais seulement parmi les femmes qui ont écrit.

Si ma mère donne comme tout le monde le titre de « directrice » à la personne qui dirige l'école primaire, elle ne décline pas au féminin, quand elles sont tenues par une dame, les fonctions de directeur dans une entreprise ou une administration, ni celles de procureur de la République, de ministre ou de juge.

Ayant assuré, pour le moins, une moitié des fonctions du chef de famille, ma mère n'a jamais eu besoin de revendiquer une dignité que tous lui reconnaissent. Je crois donc que lorsqu'elle entend à la radio quelqu'un commencer une phrase par « Françaises, Français ! » ou par « celles et ceux », elle cesse tout simplement d'écouter.

On a cru bien faire en changeant programmeur en « développeur », instituteur en « professeur des écoles ». Ce procédé, qui prétend combattre le discrédit dont souffre une profession, le rend en réalité plus visible à la façon de ces maladroits qui étalent une tache au lieu de l'effacer. Ma mère, ayant toujours respecté les instituteurs, ne conçoit pas pourquoi il faudrait les nommer autrement. Si j'utilisais une de ces expressions convenues elle s'inquièterait pour ma santé mentale.

* *

C'est par respect pour ma mère, et pour la langue qu'elle m'a enseignée, que je me refuse à parler le langage « politiquement correct ». J'accepte bien sûr le vocabulaire technique et les néologismes utiles, mais que l'on ne compte pas sur moi pour écrire précautionneusement « il ou elle », ni pour m'encombrer de l'astuce - plus légère à l'oreille mais fatigante pour l'attention du lecteur - qui consiste à recourir au féminin une fois sur deux. Le français permet d'ailleurs, avec le mot « personne », de mettre une phrase au féminin sans pour autant violer notre langue maternelle.

Si un jour je me fais réprimander par un partisan de la correction politique, je lui dirai de s'adresser à ma mère, seule autorité que je reconnaisse en matière de langage. S'il parvient à la convaincre de dire « la juge », « la ministre », « la procureure », « une écrivaine » ou encore « un technicien de surface », alors je serai convaincu moi aussi.

Il ne faut pas prendre pour maître de langue un journaliste, un politique ni un fonctionnaire d'autorité. Ils croient, les pauvres, conforme à la dignité de leur fonction de parler comme des marionnettes.

Peut-être faut-il même éviter de prendre pour maître les professeurs de français : notre langue n'est pas l'affaire des savants ni des institutions, quelle que soit leur légitimité ; elle est quotidienne, intime et charnelle, chaude comme le lait et douce comme les mots d'amour qui nous ont nourris.





Qualité du langage



par Michel Volle
Volle

Texte reproduit avec l'autorisation explicite de son auteur

16 juillet 2002

Mon petits-fils, qui a douze ans, m'a dit d'un animal infirme « c'est un chien mal entendant ». Outre cette expression politiquement correcte, son vocabulaire comporte des termes comme « c'est cool » ou « je flippe ». Ainsi va notre langue.

Certes on dit sourd pour parler de celui qui est totalement sourd, que l'on distingue du mal entendant qui souffre d'une surdité partielle. Mais on dit non voyant pour un aveugle, trisomique pour un mongolien, apprenant pour une personne en formation, mis en examen pour un inculpé ; le masseur est devenu kinésithérapeute, l'instituteur professeur des écoles, le balayeur technicien de surface, le programmeur développeur, le chef de gare dirigeant d'unité opérationnelle, les nomades gens du voyage [1]. L'addition de ces néologismes fait apparaître leur racine : il s'agit de gommer des connotations que l'on estime désobligeantes. Guy Bedos, qui a compris le procédé, propose de dire mal comprenant à la place de « con », terme des plus fréquents dans la langue orale mais tabou dans la langue écrite.

On dit que certaines de ces innovations apportent une précision (comme la nuance entre sourd et mal entendant) ou reflètent un changement (le kinésithérapeute accomplit d'autres actes que le masseur). Mais on aurait pu dire que la profession de masseur a évolué et garder le terme. La discrimination raciale a-t-elle d'ailleurs diminué aux États-Unis depuis que l'on dit Afro American au lieu de « black » ? L'instituteur, auréolé de la gloire des hussards noirs de la République, a-t-il amélioré son image en devenant professeur des Écoles ? Lionel Jospin a décidé de supprimer le genre neutre, soupçonné de partialité masculine ; mais l'égalité de principe entre femmes et hommes a-t-elle progressé depuis que l'on dit « la ministre », « la juge », « l'écrivaine » etc. ? Devra-t-on dire aussi « la chauffarde » ? Nos amis américains parsèment leurs textes de « he or she » pour montrer qu'ils parlent aussi volontiers d'une femme que d'un homme ; parfois, pour simplifier, ils mettent tout leur texte au féminin. On aimerait qu'ils fussent libres de concentrer leur attention sur ce qu'ils ont à dire plutôt que de prendre ces précautions qui fatiguent l'attention du lecteur.

Ces néologismes, au lieu de supprimer la connotation désobligeante associée à une couleur de peau, un sexe, une profession ou une infirmité, la soulignent. Prendre tant de précautions pour affirmer l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est admettre qu'elle ne va pas de soi. Modifier le nom d'une profession, c'est reconnaître qu'elle est déconsidérée. Je préfère Senghor qui, avec le néologisme « négritude », a affirmé l'identité culturelle de l'Afrique noire : au lieu de prendre le mot « nègre » pour une insulte, il proclame la dignité de celui que ce mot qualifie.

On ne supprime pas les connotations désobligeantes en changeant un mot, car les mêmes connotations ont tôt fait de s'accoler au mot nouveau. Refusons ces néologismes ridicules et surtout combattons le mépris, la dureté de cœur qu'expriment les connotations désobligeantes. Si nous respections comme il se doit les personnes, nous n'éprouverions pas le besoin de démolir notre langue qui, elle aussi, mérite le respect.

*
* *
J'ai parlé ailleurs des faux amis qui défigurent l'informatique. Le sabotage systématique d'un vocabulaire professionnel montre que cette corporation déguise ses procédés pour ériger une barrière à l'entrée. De même, les médecins ont longtemps utilisé le latin de cuisine dont s'est moqué Molière, « Clysterium donare, postea seignare, ensuitta purgare » (Le malade imaginaire, 1673).
Parmi les ingénieurs, l'usage veut que l'on préfère au mot juste un terme abstrait que l'on croit plus digne. On dit technologie au lieu de technique (l'expression nouvelles technologies désigne de nouvelles techniques), problématique au lieu de problème ou de difficulté, méthodologie au lieu de méthode, classification au lieu de classement, codification au lieu de codage etc. Ces enflures sont des signes de reconnaissance : celui qui utilise le mot juste montre qu'il n'appartient pas à la corporation et se fait bizuter.

*
* *
Lorsque l'on cherche à masquer les choses en leur substituant une image, la réalité revient parfois en force : le kiné n'a pas plus de prestige que le masseur, le trisomique n'est autre que le mongolien, le mis en examen n'est pas moins soupçonné que l'inculpé. D'autres fois le masque fonctionne au prix d'une incompréhension, comme lorsqu'un médecin utilise un mot « savant » dont l'étymologie est opaque pour ceux qui ne connaissent pas le grec. Alors la communication ne fonctionne plus, la langue elle-même est détruite.
Ces prétentions, ces complications sont des symptômes de la fragilité de notre société. Les sensibilités sont à vif, le courage est rare, l'image protège du contact avec les faits. On n'ose plus appeler un chat « un chat » : on craint qu'il ne vous saute aux yeux toutes griffes dehors, insulté par la seule mention de son espèce.


--------------------------------------------------------------------------------

[1] Le facteur était devenu préposé mais bonne nouvelle : depuis cinq ou six ans, il est redevenu "facteur" dans les textes de La Poste. Rien n'est irréversible, l'espoir est donc permis.





Crise de l'entreprise et crise du langage



par Michel Volle
Volle

Lorsqu'il y a crise de l'entreprise, cela se manifeste par un symptôme qui ne trompe pas : le langage parlé dans l'entreprise se dégrade. Il suffit donc d'observer le langage pour confirmer le diagnostic de crise. Si le vocabulaire est pollué par des synonymies et homonymies, si les données que fournit le système d'information sont ambigu'«s - ou, ce qui revient au même, s'il faut des redressements préalables pour les utiliser - les réunions sont encombrées de discussions stériles et l'incertitude sur les faits entraîne la légèreté des décisions. On observe aussi des illogismes et de l'inflation :


Manifestations de la crise du langage

quand les mots "sérieux", "professionnalisme", "méthodologie", "rigueur" reviennent souvent, c'est signe que ces qualités font défaut : quelqu'un de sérieux ne perd pas de temps à les prononcer.
ceux qui ont peur d'être en position de faiblesse si on les comprend cherchent à se protéger par du jargon (débauche d'acronymes, d'anglicismes, de noms propres).
certains, pour impressionner, remplacent le mot propre par un terme abstrait ("méthodologie" pour méthode, "problématique" pour problème, "technologie" pour technique, "générique" pour général, "spécifique" pour particulier ou pour local, "commanditaire" pour donneur d'ordres, "ordonnancement" pour mise en ordre, etc.). Les dégâts sont ici plus graves que ceux causés par le jargon, car c'est le vocabulaire courant lui-même qui est dégradé.
le recours systématique au superlatif ("très grave", "très important", "très sérieux"), voire au superlatif au carré ("c'est très très important") aplatit le langage, le manque de contraste interdisant la perception des priorités.
certaines expressions s'autodétruisent : "principes concrets", "schéma exhaustif", "synthèse détaillée", etc. Ces bombes sémantiques ont pour détonateur une contradiction entre substantif et adjectif (nécessairement un "principe" est abstrait, un "schéma" sélectif, etc.) ; en disloquant la phrase elles fissurent l'ensemble du discours. Sur le plan politique, une expression comme "Fédération d'Etats-Nations" a des effets analogues. De même, on utilise souvent l'expression "pilotage stratégique" : or le "pilotage", qui implique action et réaction à court terme, est par nature tactique ; il faudrait dire "pilotage opérationnel" et "management stratégique".
la dégradation des concepts accompagne celle du langage. On dit "organisation" mais on dessine un organigramme ; "processus" sans définir livrables, acteurs ni délais ; "qualité" (ou mieux "méthodologie de démarche qualité") sans indiquer de critères d'évaluation.
on confond données comptables (biaisées notamment par le principe de prudence) et indicateurs économiques ; gestion (suivi de l'opérationnel) et expertise ; observation (constat des faits) et explication (utilisation d'un modèle) ; donnée statistique (sur une population) et donnée individuelle ; etc.


La "langue de bois" empêchant l'évaluation pondérée des problèmes, il faut un bouc émissaire. Son exécution (mise au placard, dépression puis départ) se prépare dans son dos avec jubilation. Elle procure une détente momentanée mais ne résoud rien : il faut alors une nouvelle victime expiatoire. Les énergies s'usent dans la destruction des personnes.

Il ne suffit pas de corriger le langage pour sortir de la crise, mais cela y contribue.





Des sujets interdits...



Commentaire sur : Dominique Lorentz, Des sujets interdits, Les Arènes 2007
par

Michel Volle




18 février 2007


J'ai rencontré lors d'une réunion une dame qui s'est fait un nom parmi les spécialistes du nucléaire. « Que pensez-vous, demandai-je naïvement, des livres de Dominique Lorentz, Une guerre et Affaires atomiques, que je trouve passionnants et bien construits ?» « Ces livres sont nuls, répondit-elle vivement, parce que sa méthode ne vaut rien. Elle s'est contentée de dépouiller des coupures de presse et, quand elle cite une référence, elle n'indique pas le numéro de la page. Certains d'entre nous ont pensé lui faire un procès, puis nous avons estimé que ce serait lui faire trop d'honneur ».

J'avais touché une corde sensible ! Je n'ai pas poursuivi cette conversation mais il m'a semblé que cette dame avait tort. Il n'est pas indispensable, pour être sérieux, d'indiquer un numéro de page pour chaque référence ; et par ailleurs dépouiller les journaux n'est pas une si mauvaise méthode. Les articles de presse et les dépêches des agences sont faits pour être lus le jour même, puis oubliés. On peut donc, en les classant dans l'ordre chronologique puis en procédant par recoupement, en extraire plus d'information qu'ils n'étaient censés en donner. On peut aussi les confronter aux documents officiels, aux contrats et traités, lorsque ceux-ci sont publiés. C'est, dit Dominique Lorentz, la « méthode du KGB », qui distillait les sources publiques pour en extraire tout le suc.

Cette méthode est, à tout prendre, plus fiable que celle des journalistes d'investigation qui s'appuient paresseusement sur des dossiers préparés et inévitablement manipulés par des services officiels ou officieux (voir Comment savoir si ce qu'on lit est vrai ?). Elle a permis à Dominique Lorentz d'aboutir à des affirmations que personne ne contredit de façon crédible et qui sont sans doute conformes à la vérité, mais qu'on ne lui pardonne pas d'avoir formulées : la dissémination nucléaire a été, pour des raisons stratégiques, organisée et voulue par les Etats-Unis ; pour contourner le Congrès l'administration américaine s'est appuyée sur des intermédiaires : Isra'«l d'abord, où s'étaient installés des physiciens formés aux Etats-Unis, puis la France, l'Allemagne etc. C'est Isra'«l qui a transmis à la France les technologies du nucléaire, celle-ci lui offrant en retour ses moyens industriels.

C'est cette dernière phrase, surtout, que l'on ne pardonne pas à Dominique Lorentz. La bombe atomique française, dit-elle, c'est l'Immaculée Conception : il ne convient pas de suggérer qu'elle n'a pas été conçue exclusivement par des Français.

* *

Il est arrivé à Dominique Lorentz ce qui arrive à ceux qui disent une vérité qu'il convenait de taire : elle a été condamnée à mort. Non pas la mort physique, nous ne sommes pas chez Poutine (même si certains ont dû être fortement tentés), mais la mort économique et symbolique.

Pas un mot sur ses livres ! Les médias, à de rares exceptions près, ont obéi aux pressions qui s'exerçaient sur eux. Un journaliste d'investigation, connu pour le manque de rigueur de ses méthodes mais qui aime à juger celles des autres, a tout fait pour la bloquer tout comme il a bloqué Denis Robert.

Pas d'emploi, pas de salaire ! Pour gagner sa vie, Dominique Lorentz a dû accepter un travail à temps partiel, au SMIC horaire, comme opératrice dans un centre d'appel : la misère.

D'aimables interlocuteurs lui ont glissé doucement des menaces de mort dans l'oreille. Son appartement a été « visité » par des cambrioleurs bien organisés. Enfin ' le dernier chapitre de Des sujets interdits fait froid dans le dos ' un service de l'armée, qui souhaitait utiliser ses compétences, en a été empêché par des consignes venues de services autorisés.

Le style de Dominique Lorentz, sobre et lumineux, transmet à merveille la tension lors des réunions, l'exaspération qui monte, les pressions d'abord insidieuses puis explicites. Elle cite les conversations d'une façon qui, comme par magie, nous y fait participer.

* *

N'avez-vous jamais vécu cela ? Vous dites franchement et simplement la vérité, ou du moins ce qui vous semble vrai, et le climat se glace, les regards se détournent' Vous publiez un livre sérieux et loyal, ceux qui seraient qualifiés pour en parler se taisent (on vous pillera, mais sans vous citer). Réjouissez-vous : tout cela indique que vous avez mis le doigt sur quelque chose d'important.

Mais le silence qui s'organise autour des choses importantes, alors que l'on parle tant de choses futiles, a des inconvénients. Il est normal, sans doute, qu'il existe des secrets d'État, mais ce secret doit après quelques décennies plier devant la recherche historique : or la bombe atomique française date de 1962. Dans un régime démocratique le citoyen doit pouvoir entendre la vérité, fût-ce après un délai.

Avez-vous remarqué, ces derniers jours, le « lapsus » de Jacques Chirac à propos de l'Iran et les déclarations de Roland Dumas ? Ils disent qu'après tout ce n'est pas grave si l'Iran a la bombe, tant qu'il ne s'en sert pas. C'est exactement la position que leur attribuait Dominique Lorentz. Est-ce la publication de son livre qui a provoqué ces déclarations ? (Voir Dominique Lorentz sur France 24 et Débat sur France 24).

* *

Dans ses Commentaires sur la société du spectacle, Guy Debord explique pourquoi il faut se défier des confidences que font les services de renseignement. Son analyse valide la méthode choisie par Dominique Lorentz :

« Celui qui est content d'être dans la confidence n'est guère porté à la critiquer ; ni donc à remarquer que, dans toutes les confidences, la part principale de réalité lui sera toujours cachée. Il connaît, par la bienveillante protection des tricheurs, un peu plus de cartes, mais qui peuvent être fausses ; et jamais la méthode qui dirige et explique le jeu. Il s'identifie donc tout de suite aux manipulateurs, et méprise l'ignorance qu'au fond il partage. Car les bribes d'information que l'on offre à ces familiers de la tyrannie mensongère sont normalement infectées de mensonge, incontrôlables, manipulées. Elles font plaisir pourtant à ceux qui y accèdent, car ils se sentent supérieurs à tous ceux qui ne savent rien. Elles ne valent du reste que pour faire mieux approuver la domination, et jamais pour la comprendre effectivement. Elles constituent le privilège des spectateurs de première classe : ceux qui ont la sottise de croire qu'ils peuvent comprendre quelque chose, non en se servant de ce qu'on leur cache, mais en croyant ce qu'on leur révèle ! »






Allez voir ce qui est dit des "Modèles en Couches", c'est impressionnant !

Un beau programme



Lisez ce texte jusqu'au bout (même si ça semble un peu long, c'est promis, ça vaut le coup):


(Se mettre en pleine page de préférence)



Dans notre parti politique, nous accomplissons ce que nous promettons
Seuls les imbéciles peuvent croire que
nous ne lutterons pas contre la corruption.
Parce que, il y a quelque chose de certain pour nous:
L'hônneteté et la transparence sont fondamentales pour atteindre nos idéaux.
Nous démontrons que c'est une grande stupidité de croire que
les mafias continueront à faire partie du gouvernement comme par le passé.
Nous assurons, sans l'ombre d'un doute, que
la justice sociale sera le but principal de notre mandat.
Malgré cela, il y a encore des gens stupides qui s'imaginent que
l'on puisse continuer à gouverner
avec les ruses de la vieille politique.
Quand nous assumerons le pouvoir, nous ferons tout pour que
soit mis fin aux situations privilégiées et au trafic d'influences
nous ne permettrons d'aucune façon que
nos enfants meurent de faim
nous accomplirons nos desseins même si
les réserves économiques se vident complètement
nous exercerons le pouvoir jusqu'à ce que
vous aurez compris qu'à partir de maintenant
nous sommes avec Ségolène Royal, la "nouvelle politique".


Lire maintenant de bas en haut, ligne (phrase) par ligne, jusqu'au début... (attention, la mise en page peut avoir provoqué des retours à la ligne dont il ne faut pas tenir compte)




Ah, les Pauvres Gens !



Versons une larme pour nos banquiers



Quelque bonne âme prenait devant moi, il y a peu, la défense des banquiers, objets de trop d'attaques injustes.
Pensez, me disait mon interlocuteur, ils sont bien obligés de prendre toutes les précautions possibles, avec tous ces mauvais payeurs ! Ils n'ont pas, eux, les mêmes fonds de garantie que les assureurs et professionnels du crédit. Si un de leurs clients vient à boire la tasse, ils en sont toujours de leur (profonde) poche...
Les pôvres !
Alors, c'est normal, n'est-ce pas, ils se couvrent du mieux qu'ils peuvent : taux de 14 à 19 % quand l'inflation oscille entre 2 et 4 %, et systématiquement, caution solidaire, du gérant, de l'emprunteur, de la femme, des parents, des amis, histoire de bien vider de son contenu toute loi qui aurait eu pour but de protéger le citoyen, justement, de la voracité des prêteurs !
Les pauvres gens !
Il suffit de voir, d'ailleurs, leurs implantations, pour comprendre comme ils souffrent :
A Aubenas, boulevard Gambetta, il y avait la banque Marze. Quand les Galeries Laparrat, un magasin de mode, ont fermé dans les années 80, qui, croyez-vous, s'est installé à la place ? Une épicerie, un restaurant, un salon de coiffure ? Non, le Crédit Mutuel.
Quand M. Pic, sympathique mercier, a pris sa retraite bien méritée, est-ce un autre mercier, ou un tailleur, ou une supérette, qui l'a remplacé ? Non, mais la BCI.
Dans les années 90, les Vêtements d'Abrigeon mettent la clef sous la porte. Nous voyons de grands et beaux travaux dans l'immeuble, une rénovation qui, à coup sûr, laisse présager quelque commerce de luxe, un phare de l'économie locale venant enrichir l'aspect commerçant et prospère de notre boulevard central...
Vous y croyez ? Naïf ! Que nenni ! Le nouvel occupant des lieux, c'est la Banque Populaire !
Quand Marquand fermera, ou Calley, ou Helly, ou Taulemesse, ne vous attendez pas à trouver une librairie dans leurs locaux libérés, ni une pharmacie, un droguiste ou un confiseur.
Préparez-vous plutôt à affronter la gueule enfarinée du "public relation" de la BNP ("Votre argent m'intéresse"), ou les hypocrites du Crédit Agricole ("Le bon sens près de chez vous"), à moins que ce ne soient les héritiers du trou de 120 milliards de francs (18,3 milliards d'euros) du Crédit Lyonnais qui ne viennent se refaire une santé sur l'économie ardéchoise !

Les pauvres gens ! A voir toutes ces entreprises disparues dont ils rachètent - ou saisissent - les locaux, on comprend combien ils doivent souffrir, confrontés comme ils le sont à toute cette misère humaine...
Et on sent combien leurs finances ont pâti de ces disparitions tragiques : le marbre des halls d'entrée n'est plus aussi beau que dans les banques de nos grands-papas, et il y en a moins; les dorures se font rares, les boiseries ne sont plus vraiment luxueuses quand elles n'ont pas carrément fait place au plastique, et les banquiers eux-mêmes, soumis comme le "vulgum pecus" aux parcmètres et autres saletés d'horodateurs, vont garer discrètement leur Clio ou leur BX derrière le Temple, là où c'est - encore - gratuit, se réservant la sortie de la Mercédès aux visites familiales, le dimanche.

Les pauvres gens ! Qui osera dire enfin la détresse de ces malheureux banquiers, qui prendra leur défense, qui fera un geste pour eux ?
Je propose une quête publique, la création d'une association de défense et de soutien, quelque chose qui pourrait s'appeler ARC, par exemple : Association pour le Renflouement de Crésus; quelque chose de moral, d'irréprochable, quoi ! Que font donc les pouvoirs publics ?

Caton
Un naïf qui avait cru que, dans l'expression "Crédit Mutuel", le mot "mutuel" était synonyme de "solidaire"


Il faut détruire Carthage !







Le principe de la grenouille chauffée


A rapprocher du principe du voleur chinois


" Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager. La température continue à grimper.
L'eau est maintenant chaude. C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant. L'eau est cette fois vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.
La température continue à monter jusqu 'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais avoir fait quelque chose pour s'extraire de la marmite.
Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite...
Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte".
Si nous regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.
Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisées, édulcorées, et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférents la plupart des gens.
AU NOM DU PROGRES et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité du vivant, à l'intégrité de la nature, à la beauté et au bonheur de vivre, s'effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes ou démunies.
Les noirs tableaux annoncés pour l'avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voire DRAMATIQUES.
Le GAVAGE PERMANENT d'informations de la part des médias sature les cerveaux ' (Serf-Veaux) - qui n'arrivent plus à faire la part des choses entre le réel et le virtuel, entre les films et la réalité. L'énergie nucléaire, les engrais chimiques, les clonages, le génie génétique, ont grignoté progressivement notre libre arbitre au point qu'il est devenu ILLEGAL de vouloir manger bio, condamnable de vouloir échapper aux vaccinations.
Mais le meilleur est à venir, car VOICI QU'ARRIVENT LES PUCES " Verchip ", microprocesseurs, de la taille d'un grain de riz, mises au point par la société Applied Digital Solutions, en Floride. Ces puces dont implantées sous la peau et émettent un signal lisible par un décodeur spécial qui identifie tous nos paramètres sociaux, médicaux et autres...
Les malades en sont les premiers " bénéficiaires " aux États-unis. L'implantation coûte 200 dollars, plus 19 dollars d'abonnement mensuel pour l'entretien des bases de données. Vos enfants seront la prochaine cible. Pratique, n'est ce pas ? Et puis bientôt, CEUX QUI REFUSERONT perdront l'accès aux établissements publics, aux autoroutes, aux banques ; sur les routes, la police vérifiera si vous avez bien votre puce et si elle est à jour.
Lorsque j'ai annoncé ces choses pour la première fois, c'était pour demain. Là, C'EST POUR AUJOURD'HUI. Alors, si vous n'êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits, donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard "
Olivier Clerc, écrivain et philosophe

Il faut détruire Carthage !








Ma femme

Elle pleure, parfois, pour des causes perdues,
Elle rit, quelquefois, quand je ne l’attends plus,
Elle est triste, elle est gaie, elle ne sait trop plus,
Ma femme.
Elle veut me quitter, dit que je suis méchant,
L’instant d’après me prend dans ses bras tendrement,
Elle s’énerve vite, se calme lentement,
Ma femme.
Belle comme une étoile, et lointaine pareil,
Parfois si proche aussi, chaude comme un soleil,
Sa bouche est le baiser d’un papillon vermeil,
Ma femme.
Bref, vous l’aurez compris, je suis dingue fou d’elle,
Et lorsqu’elle est heureuse, enfin la vie est belle,
Et je ne peux songer à vivre un jour sans elle,
Ma femme.

Balade en Gaule

Un extraterrestre d'apparence humaine, Kay, débarque en Gaule 1500 ans avant Jésus-Christ.
Il découvre le peuple gaulois, s'y intègre, et vit avec ses nouveaux amis de passionnantes aventures...
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Jean Giono
L'Homme qui plantait des Arbres, 1953

Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable.

Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
C'était, au moment ou j'entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages.
Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d'un squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.
C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais, sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d'un fauve dérangé dans son repas.
Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau, excellente, d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.
Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre ou l'on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvée là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.
Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là; le village le plus proche était encore à plus d'une une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.
Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancœurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.
Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire. En effet: voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s'arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel ou, plus exactement, il me donna l'impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d'eau le petit sac ou il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.
Je remarquai qu'en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit ou je me tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout, c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre communale ou, peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en souciaient pas? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.
Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant.
C'est à ce moment là que je me souciai de l'âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie.
Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la mer.
Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faines. Les sujets qu'il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
Nous nous séparâmes le lendemain.
L'année d'après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire le vrai, la chose même n'avait pas marqué en moi; je l'avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de démobilisation ridicule mais avec le grand désir de respirer un peu d'air pur. C'est sans idée préconçue, sauf celle-là, que je repris le chemin de ces contrées désertes.
Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à ce berger planteur d'arbres. 'Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace'.
J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d'Elzéard Bouffier, d'autant que, lorsqu'on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme, sans moyens techniques, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.
Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l'âge ou ils étaient à la merci des rongeurs; quant aux desseins de la Providence elle-même pour détruire l'œuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d'admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c'est-à-dire de 1915, de l'époque ou je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaîne. Il ne s'en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens.
Certains de ces villages tristes dont j'ai parlé au début de mon récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des citernes pour avoir un peu d'eau.
Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l'eau réapparut, réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est pourquoi personne ne touchait à l'œuvre de cet homme. Si on l'avait soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique?
A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse! Je n'ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l'adversité; que, pour assurer la victoire d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la nécessité ?
En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle.
C'était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu'on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour, car il avait alors soixante-quinze ans, il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année d'après.
En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la 'forêt naturelle'. Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile: mettre la forêt sous la sauvegarde de l'Etat et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.
Ce capitaine forestier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques œufs que j'avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913, le désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l'âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres?
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait devoir convenir. Il n'insista pas. 'Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi.' Au bout d'une heure de marche, l'idée ayant fait son chemin en lui, il ajouta: 'Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux!'
C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.
L'œuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.
J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège; à peu près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la mort: situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des hauteurs: c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose étonnante, j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.
Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était désormais un endroit ou l'on avait envie d'habiter.
A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Il n'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.
Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.
Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon.
Jean Giono

Je ne sais pas qui est l'actuel propriétaire des droits des droits d'auteur de ce texte. Le Copyright expirait le 28 février 1998. Ce texte est paru dans de nombreuses revues écologiques, sans que Giono accepte jamais de droits d'auteur.
Voici ce que disait Giono de son texte dans une lettre qu'il écrivit au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, Monsieur Valdeyron, en 1957, au sujet de cette nouvelle:
'Cher Monsieur,
Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l'arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j'en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans Trees and Life a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J'ai donné mes droits gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me voir dernièrement pour me demander l'autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en Amérique (ce que j'ai bien entendu accepté). L'Université de Zagreb en fait une traduction en yougoslave. C'est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c'est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit. J'aimerais vous rencontrer, s'il vous est possible, pour parler précisément de l'utilisation pratique de ce texte. Je crois qu'il est temps qu'on fasse une 'politique de l'arbre' bien que le mot politique semble bien mal adapté.
Très cordialement, Jean Giono'





Aux modernes
Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,
Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
De toute passion vigoureuse et profonde.

Votre cervelle est vide autant que votre sein,
Et vous avez souillé ce misérable monde
D'un sang si corrompu, d'un souffle si malsain,
Que la mort germe seule en cette boue immonde.

Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
Où, sur un grand tas d'or vautrés dans quelque coin,
Ayant rongé le sol nourricier jusqu'aux roches,

Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.

Leconte de Lisle





Vous savez bien qu'il a été dit : "Oeil pour oeil, dent pour dent", mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant : si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente lui l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre toi pour te prendre ta tunique, laisse-lui en plus le manteau. Si quelqu'un te force à faire une lieue, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui demande, et ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter... Vous savez bien qu'il a été dit: "Tu aimeras ton prochain et haïras ton ennemi", mais moi je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. Soyez ainsi les enfants de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes; car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ?
L'évangile, Matthieu, 5, 39

Quand un méchant persécute un juste, Dieu est du côté du persécuté. Quand un juste persécute un juste, Dieu est du côté du persécuté. Quand un méchant persécute un méchant, Dieu est du côté du persécuté. Et même quand un juste persécute un méchant, Dieu est du côté du persécuté. Dieu est toujours du côté de celui qui est persécuté.
Le Talmud, commentaires sur le Lévitique.





Livre quatre, verset X

Dieu des vertus, oriente nous et montre nous ta face, et nous serons sauvés. Oui, où que se tourne l'âme de l'homme, si ce n'est vers toi, c'est vers la peine qu'elle se fixe, quand bien même ce serait sur les plus belles choses, hors de toi et de soi, qu'elle se fixât. Car ces choses mêmes n'existeraient pas, si elles ne venaient de toi. Elles naissent et meurent, et en naissant commencent d'être et croissent jusqu'à la perfection; et la perfection atteinte, elles vieillissent et meurent. Tout ne vieillit pas, mais tout meurt. Donc comme elles naissent et tendent vers l'existence, plus vite elles croissent vers l'être, plus vite elles se précipitent vers le non-être. Telle est leur condition. C'est ce que tu leur as octroyé, car elles sont des parties de choses qui n'existent pas toutes simultanément, mais qui par leur disparition et leur succession, composent le tout dont elles font partie. C'est bien ainsi que se forme aussi notre conversation, par la succession des sons signifiants. Il ne pourrait en effet y avoir de phrase si chaque mot ne mourait, une fois qu'il a sonné, afin que lui succédât un autre.
Que mon âme te loue pour ces choses, dieu créateur de la totalité, mais qu'elle ne s'y englue pas d'un amour procédant des sens du corps. Car elles vont vers leur but, qui est de ne plus être, et elles déchirent l'âme de désirs pestilentiels, parce qu'elle-même veut être et aime se reposer en elles, qu'elle désire. Mais il n'est pas de lieu en elles, parce qu'elles n'ont pas de stabilité: elles fuient, et qui peut les suivre par les sens de la chair ? Qui même peut les appréhender alors qu'elles sont encore présentes ? Il est lent, le sens de la chair, précisément parce qu'il est le sens de la chair: c'est là sa condition. Il suffit par ailleurs, à ce pourquoi il est fait; mais il ne suffit pas à retenir ces choses qui se précipitent de leur commencement assigné jusqu'à leur fin assignée. Car dans ton verbe, qui les a créées, elles entendent: "D'ici, jusque là".
Saint Augustin, Confessions

Deus virtutum, converte nos et ostende faciem tuam, et salvi erimus. Nam quoquoversum se verterit anima hominis, ad dolores figitur alibi praeterquam in te, tametsi figitur in pulchris extra te et extra se. Quae tamen nulla essent, nisi essent abs te. Quae oriuntur et occidunt et oriendo quasi esse incipiunt et crescunt, ut perficiantur, et perfecta senescunt et intereunt: et non omnia senescunt et omnia intereunt. Ergo cum oriuntur et tendunt esse, quo magis celeriter crescunt, ut sint, eo magis festinant, ut non sint. Sic est modus eorum. Tantum dedisti eis, quia partes sunt rerum, quae non sunt omnes simul, sed dedecendo ac succedendo agunt omnes universum, cuius partes sunt. Ecce sic peragitur et sermo noster per signa sonantia. Non enim erit totus sermo, si unum verbum non decedat, cum sonuerit partes suas, ut succedat aliud.
Laudet te ex illis anima mea, deus, creator omnium, sed non in eis infigatur glutine amoris per sensus corporis. Eunt enim quo ibant, ut non sint, et conscindunt eam desideriis pestilentiosis, quoniam ipsa esse vult et requiescere amat in eis, quae amat. In illis autem non est ubi quia non stant: fugiunt, et quis ea sequitur sensu carnis ? Aut quis ea comprehendit, vel cum praesto sunt ? Tardus est enim sensus carnis, quoniam sensus carnis est: ipse est modus eius. Sufficit ad aliud, ad quod factus est, ad illud autem non sufficit, ut teneat transcurrentia ab initio debito usque ad finem debitum. In verbo enim tuo, per quod creantur, ibi audiunt: "Hinc et huc usque".








Régime 1200/1800 calories

Dit «de la clinique Mayo»
(Laquelle se défend de l'avoir pondu !)
Il s'agit en fait plutôt d'une variation sur le thème du régime basse calorie, en vogue sur le Net depuis bien des années. Celui-ci, pourtant, a le mérite d'être sûrement l'original, ou l'un des originaux, car il est en ma possession depuis une époque «que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître», je veux dire, avant l'arrivée, non seulement du Net, mais même des micro-ordinateurs.
Il a l'avantage de n'être pas complètement idiot sur les restrictions, et ainsi de ne pas mettre en danger la santé, ni même l'équilibre alimentaire. Il est très efficace pourtant, si suivi avec rigueur sur les deux semaines prévues, on peut perdre entre 3 et 10 kilos... Le poids ne revient pas en force après, en faisant attention on peut considérer que c'est un acquis stable. On peut le faire deux fois à deux mois d'intervalle.

Lundi matin : café ou thé, nuage lait, 1 sucre, 1 biscuit
midi : 2 oeufs durs, épinards/courgettes à l'eau, 1 tomate crue
soir : 1 gros steak, 1 salade (huile-citron), 1 verre vin

Mardi matin : café ou thé, nuage lait, 1 sucre, 1 biscuit
midi : 1 gros steak, 1 salade composée, 1 fruit, 1 verre vin
soir : 1 petit morceau fromage, pain, 1 fruit, tisane

Mercredi matin : café ou thé, nuage lait, 1 sucre, 1 biscuit
midi : pipérade ou ratatouille (peu d'huile), 1 fruit, 1 verre vin
soir : 2 oeufs durs ou 1 tranche jambon, 1 salade simple, tisane

Jeudi matin : café ou thé, nuage lait, 1 sucre, 1 biscuit
midi : 1 oeuf dur, carottes râpées, fromage, 1 verre vin
soir : salade de fruits, 1 yaourt, tisane

Vendredi matin : 1 jus de fruit, 1 fruit, 2 biscuits
midi : 1 gros poisson maigre au court-bouillon, 1 tomate crue
soir : 1 gros steak, pipérade, 1 verre vin, tisane

Samedi matin : café ou thé, nuage lait, 1 sucre, 1 biscuit
midi : poulet, salade, 1 verre vin
soir : 2 oeufs durs, 1 bol de carottes râpées, tisane

Dimanche matin : café ou thé, nuage lait, 1 sucre, 1 biscuit
midi : apéro, gigot ou viande grillée, un fruit, vin
soir : ce que l'on veut

Régime à suivre 13 jours, et remanger normalement le 14e. Boire 1 litre et demie entre repas. Hormis le vin mentionné, ne pas boire pendant les repas. Ne pas abuser de sucre, sauces, féculents, charcuterie, confiture, chocolat, fruits secs, fromages gras (comté).
Goûter possible (pas systématique) : 1 biscuit, un fruit, thé vert





Le Mot le plus important du Monde

Il s'agit du mot "Merci", dans une vingtaine de langues.
A découvrir absolument.
Dharnéval ! (Hindi)
Le Mot le plus important du Monde


People: la nouvelle mode



Les riches se montrent, se vantent, se vendent. Ils ont tout, et ils en sont fiers. Ils nous donnent le conseil de Guizot: «Enrichissez-vous»!



Si jadis, la richesse se cachait, ce n'est plus le cas aujourd'hui. A Aubenas, où j'ai vécu une vingtaine d'années, la mère S., dans les années 70, se promenait en ville vêtue comme une pauvresse, sale et dépenaillée. Tout passant charitable, en la voyant, était tenté de lui donner la pièce' Son compte en banque ne descendait pourtant jamais en dessous de 4 milliards d'anciens francs (40 millions de francs, un peu plus de 6 millions d'euros) et deux Rolls-Royce dormaient dans les grands garages de sa vaste propriété'

Plus rien de tel de nos jours. La richesse se montre, on pourrait même dire qu'elle s'étale, qu'elle s'exhibe. Du moins, dans les médias.
La télé nous offre, au travers d'émissions comme Capital ou Zone Interdite, une profusion d'images sur les «People», leur luxe, leurs dépenses, leurs loisirs, leurs fêtes. Des Stéphane Berne et autres lèche-bottes professionnels de même acabit, dignes successeurs du regretté Léon Zitrone, nous en parlent presque quotidiennement, les invitent, les flagornent. Pour un Zitrone jadis, il y a vingt Berne maintenant!
Les journaux ne sont pas en reste. Paris-Match, VSD, se sont fait distancer depuis longtemps: eux faisaient encore un peu semblant de s'intéresser à autre chose, après tout il y avait de vrais journalistes, comme Brigneau, à Paris-Match, qui écrivaient des articles de fond, qui réfléchissaient et parlaient de sujets pouvant intéresser tout le monde. Mais à présent, les magazines s'intitulent carrément «People» et ne parlent de rien d'autre.

Ils font la fête au Maroc, y investissent, y construisent des «complexes touristiques»; ils font la fête en Espagne, y montent des restaurants, des hôtels, des résidences de luxe; ils font la fête aux Seychelles, aux Maldives, sur un yacht, ou tout simplement chez l'un d'entre eux; ils font la fête à Saint-Tropez, à Cannes, s'y rencontrent volontiers, invitent les médias à les filmer; ils sont les héros de tel ou tel feuilleton dont l'action se déroule, précisément, à Saint-Tropez, sous le soleil, sous les tropiques'

La constante, c'est que les médias sont là, filment, commentent, s'extasient, communient avec adoration. Ah, comme ils sont beaux! Oh, comme ils s'amusent bien! Ah, comme ils ont bon goût! Voyez comme ils sont heureux! Voyez comme ils sont gentils, souriants, affables, courtois, bien élevés, bienveillants envers les plus pauvres qu'eux, honnêtes, charitables!
Voyez comme ils sont riches! Voyez comme c'est bon d'être riche!

Et de citer telle somme déboursée pour une soirée par tel fils de famille: c'est votre salaire de l'année. Telle somme perdue par le Baron Empain, ou par le mari de Céline Dion, au casino, en un soir: c'est plus que vos gains de toute une vie. Tel tarif pour accéder à tel lieu branché, tel prix pour tel objet courant: vous, vous en achèteriez vingt ou trente pour ce prix-là!
Un petit shopping vite fait? 6000 euros. Une envie, une babiole? 1000 euros. Un peu d'argent de poche pour le gamin? 3000 euros. Un repas dans tel restaurant fréquenté par le «Gotha»? 1000 euros par personne. Une entrée dans une boite de nuit réservée à l'élite? 500 euros, hors boissons.

Tel fils d'industriel racontait il y a peu, sur un plateau de télé, que toute l'affection que lui a donnée son père, à l'adolescence, se résumait à 1000 euros par jour pour acheter sa cocaïne et autres menus plaisirs. Vous avez bien lu: 1000 euros par jour' un Smic (Si Moins, Impossible de Continuer')!

Cet étalage obscène choque-t-il le bon peuple ? Apparemment pas, il en redemande même. Du moins, c'est ce que disent les médias pour se justifier. Ça fait de l'audimat. Ça fait rêver dans les chaumières. Cela peut même, qui sait, créer une certaine émulation, donner des idées, susciter des vocations.
Le meilleur argument entendu est celui-ci: c'est une réaction saine des People que de faire la fête de façon ostensible, cela amuse et divertit leur jeunesse qui autrement se perdrait dans l'ennui, la délinquance dorée, la drogue et le vice. Plutôt que 1000 euros par jour pour de la cocaïne, donnons-lui 2000 euros par jour pour faire la fête et épater la galerie, invitons les journalistes à en être témoins, donnons envie à toute la jeunesse de se comporter ainsi, c'est finalement plus sain et plus... profitable !

Le Christ nous faisait l'éloge de la pauvreté. Les Maîtres de ce monde nous font l'éloge de la richesse. Au moins, c'est honnête: on sait tout de suite pour qui ils travaillent!










Identité, Citoyenneté, Humanité


Par Amaury Piedfer, webmaster du blog
Communauté Gauloise
que je vous incite vivement à visiter !


Identité, Citoyenneté, Humanité

On nous interroge régulièrement sur les fondements idéologiques et les motivations de Communauté gauloise : nationalisme ? patriotisme ? racialisme ? vulgarisation historique ? récupération historique ? début de secte extrémiste ? Enfermement identitaire ?
Et bien, puisqu'il le faut, revenons un peu sur le sens de notre pensée, déjà exprimé dans notre Présentation et plus encore dans le Manifeste, et précisons un peu ce qui semble poser des problèmes.

Tout d'abord, si notre combat est résolument de nature identitaire, nous cherchons au-delà à réfléchir sur la nature des rapports sociaux, leur lien à notre rapport au monde, à l'économie, à ce qui est hérité et à ce qui est imposé par les évolutions historiques profondes. Nous pensons que les hommes ont intérêt à vivre en communautés, et tentons de définir celle ou celles auxquelles pourraient encore appartenir les Français d'aujourd'hui. Mais nous n'exprimons pas de haine envers ceux qui n'appartiennent pas à cette communauté gauloise (expression qui désigne ceux qui se reconnaissent encore dans la France éternelle), nous insistons simplement sur la volonté de faire vivre tout ce que l'histoire nous a laissé en héritage, ainsi que sur notre attachement à cet héritage. Et ce n'est pas du folklore ou une réaction de névrosé face aux soubresauts du monde.

Si certains veulent encore se reconnaître dans la Nation française, la vieille Gaule, et ses diverses composantes régionales, ce n'est pas un crime ni un comportement obtus ou malsain, mais une volonté de dépasser le cadre individualiste de l'existence moderne. Se dire Gaulois, membre de la Communauté gauloise, c'est affirmer son appartenance à une longue chaîne humaine, qui nous dépasse en amont et en aval. Tous les hommes qui vivent en France ne sont pas « égaux », « identiques », il y a des groupes différents, chacun appartient à l'un d'entre eux ; la communauté des Gaulois a le droit de se reconnaître comme l'un de ces groupes, loin de l'aveuglement volontaire qui nie la réalité, cette réalité d'appartenance dont nous avons tous besoin et qui n'est pas la haine de l'autre, mais la reconnaissance de soi et des siens. Et quand on se connaît et qu'on s'accepte, quand on est reconnu pour ce que l'on est vraiment, un Gaulois buveur de vin et amoureux de la forêt, par exemple, ou tout autre chose, on accepte aussi beaucoup mieux les autres, quels qu'ils soient et dans la mesure où ils nous acceptent eux aussi. Pas de l'amour forcé, pas de la négation de soi, mais la reconnaissance identitaire sereine, tout simplement. Les Gaulois, vieux Français issus de ce pays, ont eux aussi le droit d'appartenir à un groupe plus concret que la République universaliste dans laquelle ils sont bien contraints de vivre. Ce qui n'implique pas par ailleurs de rejeter totalement cette dernière. Mais elle ne suffit plus. L'apostrophe « on est tous Français », pour bien intentionnée qu'elle soit dans la bouche de certains (d'autres en font un usage douteux, mais passons), qui entend ainsi désigner l'ensemble de la population française, ne rend aucun compte de la réalité sociale et culturelle, mais d'une seule réalité civique et politique, qui ne suffit en rien à exprimer le réel ; et la négation du réel est la forme la plus pure de la folie, la source de bien des drames.

Si certains se sentent avant tout humain, citoyens du monde, ce n'est pas une bêtise ni une erreur en soi, mais cela le devient si l'on oublie la base enracinée qui forge chaque individu. Ceux qui comme moi ont eu la chance de voyager dans le monde, au contact d'autres civilisations, savent à quel point on trouve effectivement toujours à communiquer avec des gens a priori étrangers et parfois très différents, mais aussi à quel point on est avant tout perçu comme Français, Européen, Blanc, ou Occidental, suivant les lieux. Et c'est normal, c'est une bonne chose même, c'est ainsi que l'on trouve un fondement au dialogue, malgré les barrières imposées au départ par les différences culturelles ; c'est ainsi que l'humanité s'accomplit, dans les échanges, mais aussi dans la diversité héritée et enracinée. Les deux sont indissociables.

Chaque peuple a le droit de cultiver ses différences, d'évoquer sereinement ses mythes, son histoire, de puiser dans l'imaginaire littéraire, mythologique, religieux qui forme son génie, au sens étymologique du terme, sans être taxé d'obscurantisme. Et c'est bien par ce biais là, par cette reconnaissance, qu'on accède au seul universalisme valable, celui qui permet de comprendre ce que représente un homme dans le vaste monde, dans le Cosmos. Un être qui, loin d'être guidé par ses seuls instincts, est aussi le produit d'une civilisation, d'un peuple, d'une famille. Et c'est seulement en faisant l'effort de le comprendre qu'on se dote des outils intellectuels et spirituels pour appréhender sereinement la diversité du monde ; on ne le fait pas en se contentant de clamer son appartenance à l'humanité pour ensuite se vautrer dans l'individualisme le plus forcené.

Etre identitaire et patriote, c'est laisser les belles paroles à ceux qui vivent dans la stratosphère, pour se reconnaître et s'offrir la beauté du monde.

Amaury Piedfer.











« Ils nous ont volé notre silence »



Dans le film « Kundun », qui retrace la jeunesse du Dalaï-lama, l'on voit la ville de Lhassa occupée par les Chinois, au début des années cinquante. Ceux-ci, triomphants et désireux de bien marteler leur supériorité, tant militaire que culturelle, envers le peuple thibétain, parcourent en jeep les rues de la ville, sono embarquée à fond, à base de slogans et de chants révolutionnaires'
Le Dalaï-lama, reclus dans son palais du Potala, a cette phrase désabusée, comme les tonitruances de Mao-Tsé-Toung parviennent jusqu'à lui : « Ils nous ont volé notre silence ».

Plus près de nous, les Anglais, inventeurs de la torture scientifique et du camp de concentration lors de la guerre des Boers (1899-1902), avaient imaginé la « déstructuration mentale », à base de privation de sommeil, bruit incessant, administration forcée d'alcool, privation sensorielle, obscénités alimentaires (urine mélangée à la nourriture, etc') et quelques autres gentillesses du même genre.
Staline a repris ces « études scientifiques » en les améliorant par l'apport de l'autocritique forcée, la dénonciation des proches, la facturation à la famille de la balle dans la nuque terminale.
Les bourreaux d'Hitler ont fait piètre figure en comparaison de ces « professionnels », ils n'ont pas apporté grand-chose qu'on ne connût déjà.

D'ailleurs, en pleine 2de guerre mondiale, c'est encore un Anglais, C.S. Lewis (auteur du célèbre Monde de Narnia) qui imagine dans un de ses livres, en Angleterre et non en Allemagne nazie, l'institution N.I.C.E. (National Institute for Coordinated Experiment), une officine barbare dont le chef n'est autre que le Diable lui-même, et le but avoué la destruction de l'humanité ainsi que de toute forme de vie organique sur Terre (That Hyddeous Strength, Cette Hideuse Puissance).

Et un Anglais toujours, George Orwell, qui écrit « 1984 » en 1948, pour nous décrire la Novlangue, préfiguration du Polcor (Politiquement Correct) et tous les bienfaits qu'apporte le gouvernement éclairé de Big Brother, le Grand-Frère ! Miniver, le Ministère de la Vérité (si, si !) est chargé de la propagande et de la récriture de l'Histoire' Miniamour, le Ministère de l'Amour, instrumente la police et se charge de la répression des « révisionnistes » ; Minipax, le Ministère de la Paix, dirige la guerre contre les états de l'est ; enfin, Miniplein, le Ministère de l'Abondance, répartit la pénurie générale !

Plus près encore, un écrivain français de science-fiction, François Richard Bessières, décrit dans « Des Hommes, des Hommes et encore des Hommes », un monde de cauchemar où une puissance occulte a entrepris d'asservir l'humanité par ' le bruit !

L'obscénité généralisée tend à s'imposer partout. Pollution, mauvaises odeurs, nourritures frelatées, bruit ou « musique » de mauvaise qualité, promiscuités déplaisantes, catastrophes écologiques, enlaidissement des paysages, enfer des villes, destruction et disparition des espèces animales et végétales, dénigrement systématique des valeurs traditionnelles, terrorisme intellectuel, intimidation, humiliation des hommes qui pensent encore'
Je pourrais en rajouter une pleine page, rien qu'avec des évocations sous forme de généralités. Et si je me mettais à donner des exemples concrets, pour chacune de ces généralités, il y faudrait plusieurs volumes !

« Things fall apart. The Centre cannot hold. Mere anarchy is loosed upon the world. The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere, the ceremony of innocence is drowned. The best lack all conviction, while the worst are full of passionate intensity. And what rough beast, its hour come round at last, slouches towards Bethlehem to be born?' W.B. Yeats, The Second Coming.
(Tout s'écroule. Le Centre ne tient plus. L'anarchie pure est lâchée sur le monde. La marée de sang est lâchée, et partout, l'innocence est bafouée. Les meilleurs baissent les bras, tandis que les pires exultent de passion intense. Et quelle bête affreuse, sentant son heure enfin venue, rampe vers Bethléem pour y naître ?).

1] Psaume (73) d'Asaph. Oui, Dieu est bon pour ['] ceux qui ont le cœur pur. [2] Toutefois, mon pied allait fléchir, Mes pas étaient sur le point de glisser; [3] Car je portais envie aux insensés, En voyant le bonheur des méchants. [4] Rien ne les tourmente jusqu'à leur mort, Et leur corps est chargé d'embonpoint; [5] Ils n'ont aucune part aux souffrances humaines, Ils ne sont point frappés comme le reste des hommes. [6] Aussi l'orgueil leur sert de collier, La violence est le vêtement qui les enveloppe; [7] L'iniquité sort de leurs entrailles, Les pensées de leur cœur se font jour. [8] Ils raillent, et parlent méchamment d'opprimer; Ils profèrent des discours hautains, [9] Ils élèvent leur bouche jusqu'aux cieux, Et leur langue se promène sur la terre. [10] Voilà pourquoi son peuple se tourne de leur côté, Il avale l'eau abondamment, [11] Et il dit: Comment Dieu saurait-il, Comment le Très haut connaîtrait-il? [12] Ainsi sont les méchants: Toujours heureux, ils accroissent leurs richesses. [13] C'est donc en vain que j'ai purifié mon cœur, Et que j'ai lavé mes mains dans l'innocence: [14] Chaque jour je suis frappé, Tous les matins mon châtiment est là.

Tous les signes sont là. Admettons-le, nous vivons une calamiteuse fin des temps. La Nature se réveille et nous fait de plus en plus chèrement payer les innombrables outrages que nous lui avons fait subir. Inondations et sécheresses, tremblements de terre et tsunamis, ouragans et cyclones, jusqu'aux abeilles qui ne se reproduisent plus !

« Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
Où, sur un grand tas d'or vautrés dans quelque coin,
Ayant rongé le sol nourricier jusqu'aux roches,

Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches. »

Leconte de Lisle (Aux Modernes)

Non, il n'y a pas de quoi se réjouir. Le désarroi de la jeunesse, qui pressent toutes ces choses même si elle ne les connaît pas en détail, est compréhensible. Et les vieilles générations, comme la mienne, qui ont connu « avant », « autre chose », se savent impuissantes et désarmées face à l'emprise triomphante des forces du mal.

« Où que se tourne l'âme de l'homme, si ce n'est vers Dieu, c'est vers la peine qu'elle se fixe » (Saint Augustin)

Richard BACH





Le texte ci-dessus, "Ils nous ont volé notre Silence", a suscité des réactions.
Je vous livre ci-dessous le débat qui s'est engagé avec Amaury Piedfer, webmaster du blog Communauté Gauloise:
je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, bien sûr, mais il le dit bien, et son opinion, loin de desservir le sujet, l'enrichit au contraire de réflexions nouvelles fort intéressantes.
De la discussion naît la lumière.
Il ne faut pas refuser la contradiction, mais l'encourager au contraire, tant qu'elle est exprimée avec courtoisie et respect - deux "vertus" que nous efforçons de pratiquer, Amaury et moi.
Bonne lecture donc !
Bonjour Richard, J'ai lu avec attention votre nouveau texte, et je dois reconnaître qu'il me gêne quelque peu. Si j'en apprécie l'essentiel, en revanche les annonces de fin des temps, la référence à l'Ancien Testament, à la "bête", aux "forces du mal" (on dirait un discours de Bush) et les appels à se souvenir de Dieu ne m'enthousiasment guère. Le messianisme biblique n'est pas vraiment ma tasse de thé, je dirai même que je ne considère pas avec beaucoup de bienveillance cet aspect de notre culture, dont je rend directement responsable les dérives actuelles de la civilisation européenne : universalisme intégral, manichéisme, notion de Vérité révélée et absolue (source de la dictature de la pensée dont nous souffrons tant aujourd'hui) monde désacralisé (le monde de la Bible est un monde sans Dieu, qui appartient à une sphère supérieure, concept qui nous coupe de notre conception du monde propre et qui surtout explique que nous nous sentions affranchis de toute mesure en ce monde). J'espère ne pas vous choquer en écrivant cela, mais c'est évidemment un point capital que je ne peux passer sous silence. L'esprit chrétien laïcisé est en passe d'achever notre civilisation, c'est pour moi une vérité incontournable, quels qu'aient pu être les mérites et le caractère supérieur de la civilisation chrétienne médiévale. J'ai un profond respect pour la religion catholique (celle de ma famille), parce que son culte conserve beaucoup de bon sens pré-chrétien, parce qu'il donne un sens supérieur à la vie, mais la philosophie chrétienne à base d'universalisme, de repentance, d'altruisme, d'apologie de la douleur, non merci. De plus, quand on voit ce que sont devenues les messes et le clergé catholique aujourd'hui, on ne peut que s'en détourner, pour peu qu'on aime un peu la civilisation européenne...C'est bien là que se trouvent les premiers traîtres.
(NB : La trahison des clercs. Richard)
Je ne puis que vous renvoyer sur ces questions à ce qu'en a écrit Alain de Benoist depuis 30 ans (voyez son site). En attendant, voyez ces petits textes qu'Ivane a eu le bon sens de rapprocher, en un raccourci qui résume toute l'histoire du christianisme et la chute de notre société : «
Les premiers violents, les provocateurs de la violence, c’est vous, et quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir.
» Abbé Pierre. * «
Mais malheur à vous, les riches ! Car vous avez votre consolation. Malheur à vous, qui êtes repus maintenant ! Car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant ! Car vous connaîtrez le deuil et les larmes.
» Luc, VI, 24-25 Voilà, je crois que tout est là : le christianisme s'est traduit de plus en plus (mais conformément à la lettre de l'Evangile) par une inversion des valeurs, par le mépris de ce qui est bon et l'apologie du laid, le déni de soi et une vision de l'homme coupée du réel ; l'abbé Pierre, incarnation du christianisme moderne, est l'aboutissement de longs siècles de pourrissement. Une chose est sûre : ce n'est pas le Dieu des chrétiens ni la religion catholique qui sauvera la Gaule. Je ne sais pas quelle est votre position précise à ce sujet, mais à vous lire on a l'impression que vous reprochez aux Français d'avoir abandonné Dieu : avoir abandonné le sens du sacré est une erreur, mais si les Européens ont abandonné le sacré, c'est précisément parce que le monde des chrétiens est désacralisé. En revanche, ce qu'ils ont conservé du christianisme et même porté à son paroxysme, c'est cet esprit de renoncement et cette folle idée que tous les hommes sont sortis du même moule et que les différences sont superficielles. L'Esprit des Lumières, la Franc-maçonnerie, que pourtant vous ne semblez guère porter dans votre coeur, ne sont jamais que de la philosophie chrétienne désacralisée.... Amaury Piedfer.
Cher Amaury Votre réponse circonstanciée ne me surprend pas outre mesure. Je ne m’attends pas à faire l’unanimité sur des pamphlets de ce genre ; et que, même dans ma famille de pensée, se trouvent des esprits que cela gêne, n’a rien de surprenant. Après tout, je pousse un peu à l’extrême la recherche des causes… J’apprécie hautement le ton courtois et modéré avec lequel vous m’avez exprimé votre désaccord. Habituellement, les imprécations hystériques sont de rigueur ! Je ne vais pas chercher à vous convaincre. Mais peut-être vous dois-je quelques explications, et aussi la précision suivante : un texte que j’écris – cela doit être vrai pour vous aussi, je l’imagine – représente une certaine cristallisation de la pensée, à un moment donné, une forme figée destinée à être « exportée », et comme telle, un peu « blindée ». La réalité de l’esprit qui l’a créée est plus nuancée, moins schématique, moins raccourcie. Ceci dit : je suis, effectivement, chrétien, plus précisément, de père catholique et de mère protestante. J’ai été élevé dans la religion catholique, et n’ai fait que quelques incursions brèves, plus intellectuelles que mystiques, dans le monde huguenot. Ma femme est catholique, mais son frère est pasteur protestant ! Ici, en Ardèche, et en Cévennes plus généralement, les deux composantes se côtoient au quotidien ! Vous me dites que vous appréciez l’essentiel de mon texte, mais pas les références apocalyptiques, à l’ancien testament, à l’abandon de Dieu… Donc, en gros, toute la deuxième partie, depuis le psaume d’Asaph, ou peut-être même le texte de Yeats. Voyez-vous, il ne faut pas confondre la religion et la foi. L’une peut exister sans l’autre, et même quand les deux coexistent, elles ne se confondent pas nécessairement. D’ailleurs, vous ne dites pas autre chose, quand vous affirmez que le monde de la Bible est un monde sans Dieu ! Je pense que, nier Dieu au prétexte des erreurs des religions, c’est faire fausse route. C’est commettre l’erreur – classique – de l’amalgame. Les Rois de France ont commis des erreurs, donc la monarchie est mauvaise. La République a commis des erreurs, donc la démocratie est mauvaise. Devrais-je condamner tout le peuple gaulois, parce que vos chers Eduens se sont alliés à Jules César ? Pour moi, Dieu est. La religion n’est qu’accessoire à cette évidence. Elle sert de point de rencontre entre ceux qui partagent la même évidence. Bien sûr que nul n’est obligé d’adhérer à cette profession de foi. Et ceux qui adhèrent à l’idée « Dieu est », n’ont aucune obligation connexe (autre que celles imposées par les armes des fanatiques au cours des siècles) d’adhérer aussi à la religion vendue avec… Nous sommes bien d’accord là-dessus. Et je ne vous avais pas attendu pour faire une critique poussée du christianisme, dès l’âge de seize ans, ça fait un bail, donc. J’avais cru, alors, avoir perdu la foi – je commettais l’erreur même que je viens de citer – et il m’a fallu des années pour remettre les choses à leur place, et rendre à César… L’étape suivante a été celle de l’agnosticisme. Classique. Banal. Je croyais en Dieu, mais je ne me disais plus chrétien. J’avais grandi, élargi mon point de vue, étudié d’autres religions : druidisme, hindouisme, bouddhisme, judaïsme, islam, et puisé dans chacune, croyais-je, la quintessence qui me permettait de les survoler toutes d’un point de vue supérieur et fédérateur. Pourquoi donc, d’agnostique, suis-je redevenu chrétien, et plus précisément catholique ? Je pourrais répondre à cela par une pirouette intellectuelle : pour la même raison que vous, de Français, êtes (re)devenu Gaulois, par réflexe identitaire ! Mais ce ne serait qu’une pirouette. Il y a de cela, certes : le christianisme est attaqué de partout, il a tendance à être remplacé partout par les valeurs des conquérants, or le christianisme, c’est nos origines, c’est nos valeurs, c’est nous, donc, défendons-le, défendons ce qui nous reste, défendons-nous… Oui, il y a de cela, il ne servirait à rien de le nier. Mais il y a autre chose. Il y a quelque chose d’une nature bien différente, difficile à expliquer, parce que d’un domaine qui ne se résout pas à des arguments, des raisonnements, des polémiques. Quelque chose d’une nature intime, mystique, irrationnelle. Quelque chose de la nature de la foi, et donc pratiquement impossible à transmettre à autrui, sinon par la simple exhortation : faites comme moi. Pas facile, n’est-ce pas ? Je vous en parlerais plus volontiers si nous étions en présence l’un de l’autre, physiquement. Mais par écrit… est-ce de la réserve, de la pudeur ? Pourquoi toutes ces références bibliques, messianiques et apocalyptiques dans mon texte ? A vrai dire, par commodité : elles existent, ces textes sont déjà écrits, il n’y a plus qu’à les citer, cela économise des neurones. Par paresse, donc, d’une certaine façon. Mais je crois que, de tous temps, des gens, comme Asaph, se sont dits : ça va mal, j’en bave, pourquoi ? Et ont tenté d’apporter des réponses à cette angoissante question. Bien sûr, la réponse est rarement : je suis nul, j’ai tout faux, j’ai manqué à mon devoir, j’ai raté mon projet ; mais bien plutôt : c’est leur faute, c’est la faute à l’ennemi, au Malin, aux autres, à tout le monde sauf moi ! La civilisation celte n’a pas périclité parce qu’elle était inadaptée, périmée, insuffisante ; mais parce que ces salauds de Romains sont venus la détruire, ces salauds de moines chrétiens ont tout fait pour l’oblitérer, ces salauds de Francs l’ont conquise, etc… « Venditi sumus », nous sommes trahis : la formule n’est pas nouvelle ! Je n’échappe pas à ce travers, qui, pour être un travers, n’en est pas moins empreint d’un certain bon sens : car il y a effectivement des trahisons, il y a effectivement des complots, il y a effectivement des mauvaises actions commises par des ennemis, il y a, en effet, des ennemis… Je n’échappe pas à ce travers, et je dis : voyez le mal qu’ils nous font ! Que Bush dise de même, n’est pas une preuve du non-sens de cette attitude. Bush mange, et je mange ; Bush respire, et je respire. Vais-je devoir mourir d’asphyxie ou d’inanition pour ne pas faire comme Bush ? Voilà pour les références, les textes. Je dis que nous vivons une fin des temps calamiteuse, parce que je le pense vraiment, et même si mon choix de textes pour l’étayer est maladroit, cela n’enlève rien à la sincérité de ma conviction. Auriez-vous réagi de même, si au lieu de la Bible, de Yeats et de Saint-Augustin, j’avais cité Ralph Nader, Hubert Reeves, Al Gore ou le Commandant Cousteau ? Car tous ceux-là, aussi, ont produit des textes alarmants, émis des hypothèses apocalyptiques, affirmé que nous courions à la catastrophe ! La catastrophe est-elle moindre parce que ce n’est pas le bon prophète qui l’annonce ? En bref, faut-il s’attacher à la forme, ou au fond ? Je termine sur votre affirmation : « Une chose est sûre : ce n'est pas le Dieu des chrétiens ni la religion catholique qui sauvera la Gaule. Je ne sais pas quelle est votre position précise à ce sujet, mais à vous lire on a l'impression que vous reprochez aux Français d'avoir abandonné Dieu : avoir abandonné le sens du sacré est une erreur, mais si les Européens ont abandonné le sacré, c'est précisément parce que le monde des chrétiens est désacralisé. En revanche, ce qu'ils ont conservé du christianisme et même porté à son paroxysme, c'est cet esprit de renoncement et cette folle idée que tous les hommes sont sortis du même moule et que les différences sont superficielles. L'Esprit des Lumières, la Franc-maçonnerie, que pourtant vous ne semblez guère porter dans votre coeur, ne sont jamais que de la philosophie chrétienne désacralisée.... » Je ne contredis pas totalement ces affirmations, mais je me permets d’y apporter quelques nuances : 1) Il n’y a pas de « Dieu des chrétiens ». Il y a Dieu. On est libre d’y croire, ou non. Mais si on y croit, alors, pourquoi ne pas croire aussi qu’il puisse nous sauver ? 2) Je ne reproche pas aux Français d’avoir abandonné Dieu ; je reproche aux ennemis des Français – et je serais même tenté de dire, comme vous : des Gaulois – d’avoir entrepris, et presque réussi, de les en détourner. 3) Je ne crois pas que le monde des chrétiens soit désacralisé. Je crois que beaucoup de chrétiens d’origine se sont déchristianisés, ce qui les a éloignés du sacré. Mais les chrétiens – ceux qui restent – n’ont pas abandonné le sacré. Pas ceux que je connais, en tous cas. 4) Je ne crois pas que le christianisme ait jamais affirmé que tous les hommes sont sortis du même moule, ou que les différences entre eux sont superficielles. Je crois que le Christ a dit qu’il les aimait tous, malgré leurs différences. Réelles. Il a embrassé les lépreux. Il n’a pas dit que les lépreux étaient les égaux des bien-portants, ni que leur différence pouvait être négligée. 5) Je ne crois pas, enfin, que l’esprit des lumières et la franc-maçonnerie soient de la « philosophie chrétienne désacralisée ». Je crois qu’ils sont autre chose, profondément anti-chrétien, au sens en tout cas du christianisme du Moyen-Âge, celui que vous appréciez, si j’en juge par vos citations de Vincenot : celui qui reste relié à la Vouivre, aux vertus druidiques, au génie traditionnel de notre peuple. Je crois que les FM, avec leur GADLU, ont produit une version hautement intellectuelle de Dieu, complètement coupée des racines populaires de la foi, et certainement pas propice à une élévation spirituelle quelconque, pas même parmi eux, pas même parmi ces « élites » qu’ils prétendent être. Car si le christianisme, en 20 siècles, a commis beaucoup d’erreurs, quelques atrocités et de nombreuses injustices (à côté d’indéniables avancées sociales, politiques, humaines, spirituelles), le bilan des FM, en 3 siècles seulement, semble n’être fait, au mieux, que d’expériences sociales douteuses, et au pire, d’affaires mafieuses. La Révolution française n’a pas donné le pouvoir au Peuple, mais à la Bourgeoisie… et dois-je vous rappeler ce qu’était, il y a pas si longtemps, la Loge P2 ? Et qu’a donc produit la FM d’utile au Peuple, qui n’ait pas été pensé et prévu avant par les philosophes chrétiens ? « L'esprit chrétien laïcisé est en passe d'achever notre civilisation, c'est pour moi une vérité incontournable, quels qu'aient pu être les mérites et le caractère supérieur de la civilisation chrétienne médiévale. » Mais nous sommes bien d’accord, Amaury ! C’est l’esprit chrétien médiéval que je défends et cherche à restaurer – c’est ma Gaule à moi, si vous voulez ! C’est l’esprit laïcisé que j’attaque et rends responsable de tous les maux – sauf que je ne dis pas « esprit chrétien laïcisé », parce que cela n’a pour moi aucun sens, s’il est laïcisé, il n’est pas chrétien… Il s’agit là de termes contradictoires. L’esprit chrétien est tout sauf laïc. C’est l’un des plus « religieux » de tous les temps, de toutes les civilisations. Notre désaccord apparent porte donc, semble-t-il, plus sur des termes que sur le fond. Ce dont je me réjouis. Vous ne m’avez pas choqué, Amaury, et j’espère de tout cœur ne pas vous avoir choqué aussi. Vous avez parfaitement le droit de ne pas aimer mon texte, et de me le dire. Cela ne changera rien, en tous cas pour moi, à l’estime que je vous porte, ni à l’intérêt que j’éprouve pour votre site, votre démarche et votre engagement. Amicalement, Richard BACH
Cher Richard, Merci de votre réponse. Je craignais de soulever votre colère, je vois qu'il n'en est rien. Je crois bien comprendre l'essence de votre message et je le respecte. Pour aller au plus court, précisons que je ne suis en rien anti-catholique, et que je conçois parfaitement que la défense du christianisme puisse être identifiée avec la défense de notre héritage. Nos lieux de cultes, nos saints, la sainte Vierge, les pèlerinages et pardons, sont pour moi des expressions particulières de notre civilisation et de notre spiritualité et j'y suis profondément attaché. Il est aussi bien évident que je ne renie en rien Dieu ; "Dieu" est un mot indo-européen que les chrétiens ont emprunté aux païens
(NB : racine « deiwo », brillant. Richard)
. Dieu se trouve déjà chez Platon, Aristote, Cicéron et les grands penseurs païens, il implique une vision supérieure du monde et de la vie. En revanche, je ne puis accepter le fond de la philosophie chrétienne, qui place le monde des hommes en position d'infériorité par rapport au monde céleste, celui de Dieu, celui du sacré. C'est bien cette vision des choses qui a conduit à la désacralisation du monde et qui a rendu le sacré inaccessible, impalpable ; ce n'est pas un hasard si c'est l'Europe, aire de civilisation la plus anciennement christianisée, qui a abandonné la première toute conception sacrée du monde et de la vie. Je ne puis accepter que l'on fasse de la souffrance et de la pauvreté des vertus, ni que l'on dévalue la vie en ce monde pour une prétendue vie dans l'au-delà. De mon point de vue, le monde est Un, Dieu est à nos côtés et il n'y a pas de "Ciel". Nous vivons dans le Cosmos, et il appartient aux hommes qui ont encore le sens du sacré de réenchanter le monde. Quant à l'universalisme et à l'obsession pour l'Unique des Lumières et des Francs-maçons, l'universalisme extrême de la République jacobine, je reste persuadé qu'il est d'essence chrétienne. Les Droits de l'Homme ne sont jamais qu'un Evangile laïcisé, partout exporté avec le libéralisme et l'individualisme qui créent la misère et qu'il faut bien justifier. L'individualisme occidental, lui-même, est bien le sous-produit de la pensée chrétienne, en particulier dans sa version protestante (NB : entièrement d’accord. Richard), qui place chaque homme face à Dieu, et accorde plus d'importance aux pensées et aux intentions qu'aux actes et aux gestes. Enfin, et j'en aurai terminé, le christianisme s'est toujours présenté, et ce depuis l'origine, comme une tyrannie de la pensée, imposant une croyance codifiée, présentée comme la Vérité absolue, stigmatisant le non-croyant ou celui qui pense mal, rejetant dans l'hérésie ceux qui ne se conforment pas à la norme, et inventant la notion de "paganisme" (NB : c’est déjà présent dans la religion juive, et encore dans l’Islam. Richard) pour rejeter tous ceux qui pensent le monde autrement. Et toute l'histoire du christianisme, des premières communautés au protestantisme, en passant par le Donatisme, l'Arianisme, l'Iconoclasme, le catharisme, le valdéisme, etc., n'est que schismes, excommunications et hérésies. Et ce n'est pas un hasard, ce n'est pas qu'une série d'erreurs regrettables, cela est inscrit dans la substance même du message christique. C'est bien sûr un débat complexe, dont nous aurons peut-être l'occasion de reparler. A bientôt, Amaury.
Je ne partage évidemment pas toutes les opinions exposées par Amaury sur le christianisme. Mais il a le droit de les exprimer (c’est là un indéniable acquis du christianisme, et qui fait défaut à la plupart des autres civilisations ou religions…). Je comprends, par ailleurs, les reproches qui sont faits : j’ai fait pratiquement les mêmes en d’autres temps. Ils sont réels, et fondés ; la différence réside dans la foi : le christianisme n’est pas le Christ. Pour moi, ce qui compte, c’est le Christ, et non les erreurs que l’on a commises en son nom. D’où ma profession de foi de « chrétien » ; non pas, adhérent au « christianisme », mais adhérent au Christ. J’apprécie hautement la controverse courtoise que m’apporte Amaury. Ce fait même est encourageant, au milieu de la morosité ambiante: tout espoir n'est pas mort, puisque notre peuple est encore capable de générer une jeunesse qui réfléchit, qui pose les bonnes questions, et qui sait se tourner vers l'avenir sans renier le passé... Richard BACH




Pour voler l'âme d'un peuple, il faut lui voler sa langue



1950 : on parle Français
1965 : on parle Hexagonal ou Franglais (Etiemble)
1980 : on parle Novlangue (terme tiré de " 1984 ", d'Orwell)
1995 : depuis, on parle Polcor (Politiquement Correct)



Je ne sais pas si vous avez remarqué comme la langue dérive. Les mêmes mots changent de signification. D'autres apparaissent, dont la signification, imprécise au début pour le commun des mortels, se clarifie à force de matraquage. Certaines expressions ne peuvent plus être employées, sous peine d'être accusé, suivant les cas, de désuétude (pardon : d'obsolescence !), de ringardise, de politiquement incorrect, de délit d'opinion...
D'autres termes deviennent obligatoires quand bien même on en avait un autre, plus juste, plus français, pour désigner le même concept. On avait " graffiti ", mais maintenant, il faut dire " tag " ; on avait " pédéraste ", mais maintenant, il faut dire " pédophile " ; on avait " aveugle ", " sourd ", mais maintenant, il faut dire " malvoyant ", " malentendant " ; on avait " femme de ménage ", " facteur ", " instituteur ", mais maintenant il faut dire " technicienne de surface ", " préposé ", " professeur des écoles " (ces derniers, ou plutôt ces dernières, car il ne reste guère que des femmes dans cette profession, se font d'ailleurs, comme des avocats, notaires ou huissiers, appeler " maître, maîtresse " par leurs élèves, dès le premier jour de la rentrée ! De mon temps, on les appelait simplement Monsieur, Madame.). Ça me rappelle la visite de Guitry à Cocteau sur son lit de mort, un bel éphèbe monte la garde à la porte de la chambre d'hôpital, et demande à Guitry : " Vous venez pour le Maître ? - Non, répond Guitry, je viens pour le voir ! ".
Les Côtes du Nord sont devenues Côtes d'Armor, les Basses-Alpes sont devenues Alpes de Haute Provence, la Corse, divisée en deux, a bien eu droit à une Haute-Corse, mais pas de Basse-Corse, non, c'est trop péjoratif, alors il a fallu faire une Corse du Sud. Seuls les Alsaciens sont moins cons, ils ont gardé leur Bas-Rhin à côté du Haut-Rhin, et ça ne les dérange apparemment pas. Peut-être ont-ils compris, eux, que dans l'expression " Bas-Rhin ", il n'y avait aucune connotation péjorative envers ses habitants ?
Léopold Sedar Senghor, poète et président du Sénégal, parlait de sa " négritude ", mais essayez donc de prononcer le mot " nègre " de nos jours, quand bien même ce ne serait que pour demander à un pâtissier le gâteau " tête-de-nègre " ! Passe encore d'appeler un Auvergnat " bougnat ", mais allez appeler un Maghrébin " bougnoul " ! C'est pourtant le même mot à l'origine, pour désigner la même réalité. Mais le Politiquement Correct est passé par là !
La langue dérive, disais-je. J'en donne ci-dessous quelques exemples. Peut-être en avez-vous d'autres à me proposer. Ce serait bien, de créer un petit observatoire de la langue française (enfin, ce qu'il en reste !) et de l'alimenter régulièrement de tout ce qui apparaît, et de tout ce qui disparaît. Un conservatoire, en quelque sorte.
Si vous avez envie de participer à ce projet, envoyez-moi vos observations à l'adresse ci-dessous, je les compilerai avec ce qui existe déjà, et je publierai les résultats au fur et à mesure.

R. BACH, alias Paul Paccord (Politiquement Pas Correct)

webmaster@valneandre.eu

Français : un pédéraste, du grec " païs ", l'enfant, et " erastès ", le corrupteur : celui qui corrompt les enfants.
Hexagonal : un pédé
Novlangue : un pédophile, du grec " païs ", enfant, et " philos ", l'ami : celui qui aime les enfants.
Polcor : un récidiviste, malheureusement relâché trop tôt par la justice

Français : un délinquant arabe.
Hexagonal : un jeune
Novlangue : une chance pour la France

Français : la juste contribution de l'Etat à l'effort social.
Novlangue : le trou de la Sécu.

Français : un patriote
Novlangue : un réactionnaire
Polcor : la dérive identitaire

Français : du vol
Novlangue : le déficit de France Télécom atteint 70 milliards d'euros

Français : Mörder unter Uns (les assassins sont parmi nous)
Novlangue : M. Fabius est innocent

Français : les crapules s'entraident
Novlangue : autoamnistie

Français : on nous prend pour des cons
Novlangue : ramassez le verre pour financer la recherche contre le cancer

Français : un graffiti immonde
Novlangue : le tag, expression de l'art populaire

Français : du bruit lassant asséné par les bandes ethniques
Novlangue : le rap, la musique des jeunes

Français : la jeunesse n'a plus de repères, plus de culture, et ne croit plus en rien
Novlangue : la Génération Mitterrand

Français : résoudre
Hexagonal : solutionner
Novlangue : ce n'est pas un problème

Français : désuet
Hexagonal : obsolète
Novlangue : l'expression d'une pensée réactionnaire étriquée

Français : les fonctionnaires sont des feignants
Hexagonal : un certain absentéisme
Novlangue : récupération du temps de travail

Français : les terroristes ont assassiné des innocents
Novlangue : les résistants ont exécuté les otages

Français : les Israéliens ont un comportement de Nazis envers les Palestiniens
Novlangue : défendre les Palestiniens, c'est du Nazisme

Ça marche aussi dans l'autre sens :

Novlangue : le tourisme crée des emplois dans le tertiaire et fait rentrer des devises
Français : les gens du pays n'ont plus de boulot et sont dépossédés de leur patrimoine

Novlangue : le dollar baisse, c'est catastrophique pour l'économie mondiale
Français : l'essence est moins chère à la pompe

Novlangue : délocaliser pour produire à moindre coût
Français : les capitalistes pillent notre pays

Polcor : le libéralisme
Novlangue : le Nouvel Ordre Mondial
Français : le mercantilisme

Novlangue : l'Europe, cette grande idée
Français : la " cosa nostra " des marchands

Novlangue : mondialisme, globalisation, nouvel ordre mondial
Français : domination américaine

Etc...






Déjà une contribution à l'Observatoire

de notre ami de Communauté Gauloise, Amaury Piedfer: Sujet capital, à suivre impérativement. La langue est un instrument de manipulation d'une puissance extraordinaire. Allez, comme il y a du travail, autant s'y mettre tout de suite : français : clochards, ivrognes, vagabonds novlangue : SDF Polcor : des jeunes en quête d'avenir français : gitans, manouches hexagonal : nomades polcor : gens du voyage français : infirmes hexagonal : handicapés polcor : personnes à mobilité réduite français :corruption, concussion, détournement de fonds publics hexagonal : marchés truqués novlangue : les "affaires" français : les étrangers, les métèques polcor : les nouveaux français Il ne tient qu'à nous de ne pas nous laisser abuser et de tenir ! Amaury.

Nos Amis Américains...

Voici la traduction d'un texte extrait d'un petit opuscule qui était distribué systématiquement à tous les soldats américains venus en France à partir de juin 1944. A côté de conseils pour s'adresser aux femmes françaises, pour éviter d'attraper la vérole ou pour avoir le dessus en cas de rixe dans un bar, il y avait ce petit chef-d'oeuvre d'amitié franco-américaine: "Pas plus en 1917 qu'en 1944, nous ne sommes venus en Europe pour sauver les Français. Nous ne sommes pas venus en Europe pour faire plaisir à qui que ce soit. Nous sommes venus parce que nous, les Américains, nous étions menacés par une puissance hostile, agressive et très dangereuse. Si la France est tombée en juin 1940, nous n'avons pas débarqué avant juin 1944. Nous n'envisageons même pas de ''courir sauver les Français''. Mais il y a eu Pearl Harbor, et la déclaration de guerre de l'Allemagne contre l'Amérique."
Lafayette, nous voici !


Petit tour en Gaule

Avec ma femme et mes enfants, nous quittons notre appartement, à Villeneuve-de-Berg, ce samedi, pour une petite balade en famille. Pour ceux qui ne savent pas, pour les nuls en géographie, Villeneuve-de-berg est une petite ville du Sud du département de l’Ardèche, dans la région Rhône-Alpes, au sud-est de la satrapie France (une des régions européennes du Grand Etat Mondial). Nous roulons vers le refuge SPA de Lavilledieu. Objectif : non pas, augmenter encore la population de notre petit appartement, où s’ébattent toujours deux chattes, après que notre chien, il y a deux ans, se fût fait écraser par une voiture, suivi du troisième chat, six mois plus tard… Non, nous restons à deux félins, et n’irons pas plus loin pour le moment ; mais nous avons l’intention de sortir, le temps d’une promenade, deux chiens du refuge. C’est le genre de B.A. pour lequel nous éprouvons une certaine affinité. Les chiens, le temps d’une après-midi, sont heureux ; les enfants sont heureux ; et finalement, nous aussi, les adultes, sommes heureux. Tout bénéfice. Le refuge SPA a été judicieusement construit dans la zone industrielle, à proximité d’une casse auto et sous le vent direct de la déchetterie, laquelle ne sent pas la rose, à moins qu’il ne s’agisse de la rose socialiste… Pour des chiens, à l’odorat mille fois supérieur à celui des humains, ce doit être un régal de respirer cela à longueur de journée ! La dame responsable de la SPA nous connaît, nous faisons partie des « promeneurs » réguliers, l’affaire est vite conclue, nous héritons de Chipie, une petite femelle fox noire, et d’un chiot Labrador trois fois plus grand, tout blanc et magnifique. Deux laisses, et nous voilà partis. On commence par se rapprocher de la déchetterie, mais c’est pour mieux la dépasser, car derrière, c’est déjà la nature, la garrigue, le no man’s land ; après quelques centaines de mètres, les odeurs s’estompent, puis disparaissent. Nous empruntons des petits chemins caillouteux, qui serpentent gentiment dans ce paysage de rocaille – du calcaire blanc, buriné par l’eau, découpé en mille formes improbables, posé ici et là, comme au hasard, en blocs de toutes tailles, depuis le format « ballon de football » jusqu’à « hangar à bateaux » en passant par le bon mètre cube, la « citerne », etc… Entre les pierres, partout, de la végétation ; non pas cette végétation feuillue et herbacée, verte et gorgée d’eau, que l’on trouve plus au nord ; mais ces petites feuilles dures et presque noires des buis, ces feuilles piquantes du houx, ces feuilles étroites et pointues des chênes verts, ces feuilles fanées mais encore solidement accrochées des chênes pédonculés. Les cades aussi, si délicieusement odorants, les genévriers de toutes sortes, les genêts – les escoubets comme ils disent ici – et le thym, le thym partout. Par ci, par là, de la menthe, des fraisiers sauvages. Les enfants courent, chacun son chien en laisse, on ne sait pas qui est le plus content, de l’animal ou de l’enfant qui lui court après – la laisse à bout de bras ! A leurs cris et jappements répondent les abois de ceux du chenil, que l’on entend encore ici portés par le vent qui jamais ne cesse tout à fait. Sur le sol parfois boueux – nous avons enfin eu un peu de pluie, il était temps ! – des traces d’autres chiens qui ont eu la chance d’être promenés aujourd’hui, des pas humains, et, plus anciennes de quelques jours, mais néanmoins faciles à distinguer, des sangliers. Les quatre doigts parallèles, caractéristiques, d’un blaireau. Des chênes, partout des chênes. C’est vraiment l’arbre roi. Ils ne sont pas très grands ici, rien à voir avec les hautes futaies des grandes forêts de Champagne ou de Lorraine. Ils ont un terrain dur, difficile, le vent et le soleil les racornissent un peu, ils sont plus courts, plus torturés et comme concentrés aussi, mais ils sont là, ils s’accrochent, ils résistent, ils sont gaulois et veulent le rester… Au détour du chemin, nous tombons sur un espace magique, un beau vieux chêne étroitement mêlé au rocher qu’il a fendu au passage et qui semble encore vouloir l’étreindre ; un coin moussu, invitant au pique-nique, à son ombre, et des pierres encore, tout autour, comme autant de bancs complaisamment offerts à nos postérieurs ; du thym, des ellébores et des euphorbes, un cade là plus loin, et surtout cette aura de « forêt à druide » : cela sent la dryade, le faune, le léprechaun, les antiques divinités de la nature, la Vouivre. Tu sens, me dit ma femme, comme c’est différent ici, comme on est bien ? C’est comme préservé, protégé des souillures… Oui, lui réponds-je, nous venons de quitter la France ; ici, c’est la Gaule. Richard BACH






Effectuer un clic-droit sur le texte choisi, option "Enregistrer la cible sous..."

La Mort n'est Rien (Saint Augustin)
Things fall apart (Yeats)
Chère SNCF !
Ils devaient nous faire aimer l'An 2000
Aux vertus qu'on exige des automobilistes
Notre Mai 68
Révolution Française
Génération Mitterrand
Gustave Eiffel pas mort !
PNL, Programmation Neuro-Linguistique
Langue maternelle
Qualité du langage
Crise du langage et de l'entreprise
Sujets Interdits...
Programme de Présidentielle
Ah, les pauvres banquiers !
La Grenouille chauffée
L'Homme qui plantait des Arbres
Aux Modernes
Au Juste... ?
Les Désirs de la Vie (Saint Augustin)
Régime Basse Calorie
Le Mot le plus important du Monde
People: la nouvelle mode
Identité, Citoyenneté, Humanité
Ils nous ont volé notre Silence
Pour voler l'âme d'un peuple...

Visite N° 2918

Haut de page

Navigation
Accueil
Page portail
Nouvelles
Photos famille
Éditorial
Téléchargements
Liens
Aide
Textes
Villeneuve
Richard
Sophie
Landry
Danaë
PPC
Grotte Chauvet
Tarifs
Nous écrire